La mobilisation agricole a repris de la vigueur hier dimanche dans les Côtes-d’Armor. En fin de journée, près d’une centaine de tracteurs venus de tout le département ont convergé vers la plateforme logistique Lidl de Châtelaudren-Plouagat. Une action coup de poing, menée sans annonce préalable, pour dénoncer à la fois les accords commerciaux internationaux et les pratiques jugées défavorables aux producteurs français. Sur les routes départementales comme sur la RN12, les convois agricoles ont ralenti la circulation avant de se diriger vers ce site stratégique de la grande distribution. Selon les forces de l’ordre, 82 tracteurs et une soixantaine de remorques ont été recensés à l’entrée de la plateforme, où les agriculteurs ont déversé le contenu de leurs bennes.
Mercosur, prix bas et produits importés dans le viseur
À l’appel des syndicats agricoles départementaux, la colère s’est cristallisée autour de plusieurs dossiers. Les manifestants contestent en premier lieu l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, récemment adopté, qu’ils jugent incompatible avec les normes environnementales et sanitaires imposées aux exploitations françaises. La politique agricole commune, la fiscalité carbone aux frontières et les contraintes réglementaires figurent également parmi les griefs exprimés. Le choix de la plateforme Lidl n’est pas anodin. Pour les agriculteurs mobilisés, l’enseigne symbolise une course au prix bas qui se ferait, selon eux, au détriment de la production locale. Ils dénoncent une place insuffisante accordée aux produits français dans les rayons, notamment pour la viande porcine et les produits laitiers, alors même que le département est fortement agricole.
Une action encadrée mais déterminée
Sur place, l’action s’est déroulée sous surveillance policière, dans une atmosphère tendue mais organisée. Les tracteurs se sont succédé méthodiquement pour vider les remorques, composées de paille, de déchets agricoles et parfois de lisier, devant l’entrée du site logistique. Des feux ont été allumés en soirée, nécessitant l’intervention des pompiers afin d’éviter tout risque pour les salariés encore présents sur le site. Les représentants syndicaux ont insisté sur le caractère symbolique de l’opération, tout en assumant un rapport de force assumé avec la grande distribution. Pour eux, cette mobilisation vise à rappeler que la profession agricole reste capable de se faire entendre et de perturber les circuits économiques lorsqu’elle estime sa survie menacée. Cette nouvelle action s’inscrit dans une séquence de tensions agricoles qui ne faiblit pas, et laisse entrevoir d’autres mobilisations si les revendications sur la valorisation des productions françaises et les accords commerciaux internationaux restent sans réponse.