Champagne en perte de bulles : pourquoi les ventes reculent encore, y compris en France
Champagne en perte de bulles : pourquoi les ventes reculent encore, y compris en France

Pour la troisième année consécutive, la filière champagne termine l’exercice sur une note négative. En 2025, les expéditions de bouteilles ont de nouveau reculé, confirmant un essoufflement durable d’un produit longtemps considéré comme intouchable, y compris sur son marché historique français. Selon les chiffres dévoilés samedi à Reims par le Comité champagne, 266 millions de bouteilles ont été expédiées dans le monde l’an dernier. Un volume en baisse par rapport à 2024, qui avait déjà marqué un repli, et très loin des niveaux atteints lors du rebond post-Covid. Le chiffre d’affaires s’est établi autour de 5,17 milliards d’euros, un montant conséquent mais qui ne suffit pas à masquer la tendance de fond.

Une filière confrontée à un climat économique instable

Pour les professionnels, cette nouvelle baisse s’explique d’abord par un environnement mondial jugé de plus en plus incertain. Les tensions géopolitiques, la persistance de crises économiques sur plusieurs marchés clés et une inflation durable ont pesé sur la consommation de produits festifs et premium. Le champagne, souvent associé aux moments de célébration, pâtit directement de ce climat anxiogène. À ces facteurs économiques s’ajoutent des évolutions sociétales plus profondes. La modération de la consommation d’alcool, en particulier chez les jeunes générations, et une attention accrue portée aux dépenses jugées non essentielles modifient progressivement les comportements d’achat. Même les périodes traditionnellement favorables, comme les fêtes de fin d’année, ne suffisent plus à inverser la tendance.

Les exportations résistent, le marché français décroche

À l’international, les ventes se maintiennent relativement mieux, malgré un léger recul. Près de 152 millions de bouteilles ont été exportées en 2025, un chiffre en baisse modérée mais qui confirme que la dynamique mondiale du champagne s’est ralentie. Certains marchés, autrefois moteurs, montrent des signes de fatigue, freinés par la conjoncture et la concurrence d’autres vins effervescents. Le recul est plus marqué en France. Le marché national, considéré comme stratégique par la filière, a absorbé environ 114 millions de bouteilles l’an dernier, contre plus de 118 millions un an plus tôt. Cette baisse inquiète les producteurs, car le marché français reste une vitrine essentielle pour l’image et la légitimité de l’appellation.

Entre inquiétude et volonté de rebond

Face à ces chiffres, les responsables de la filière reconnaissent la difficulté du moment, tout en affichant un discours volontaire. Le champagne reste un produit d’exception, fortement valorisé à l’export et solidement ancré dans l’imaginaire collectif. Mais la répétition des baisses oblige désormais les acteurs à s’interroger sur leur stratégie, leur positionnement et leur capacité à séduire de nouveaux consommateurs. La célébration de la Saint-Vincent, patron des vignerons, organisée cette année à Reims, a pris une tonalité particulière. Derrière les défilés et les traditions, la profession sait qu’elle entre dans une phase charnière, où le maintien des volumes ne pourra plus être tenu pour acquis. Pour le champagne, l’enjeu n’est plus seulement de briller lors des grandes occasions, mais de rester désirable dans un monde qui change.

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