Au collège, des heures de cours manquantes qui fragilisent l’égalité scolaire en France
Au collège, des heures de cours manquantes qui fragilisent l’égalité scolaire en France

La question du temps d’enseignement perdu au collège s’est progressivement imposée dans le débat public, alimentée par les inquiétudes des familles et les alertes relayées dans les médias. Malgré l’affichage du remplacement des enseignants comme priorité gouvernementale à partir de 2023, une part significative des heures obligatoires n’a pas été assurée dans les collèges publics au cours de l’année scolaire 2023-2024. Près de 9 % des heures prévues ont ainsi disparu, un niveau légèrement supérieur à celui observé avant la crise sanitaire. Saisie par la Défenseure des droits, la Cour des comptes a analysé cette situation sur la période 2018-2025, dans le public comme dans le privé sous contrat, mettant en évidence des failles structurelles persistantes et des risques accrus d’inégalités pour les élèves les plus fragiles. L’institution souligne que la continuité pédagogique, pourtant garantie par les textes, reste inégalement assurée sur le territoire. Les absences non remplacées ne constituent pas un phénomène marginal, mais un dysfonctionnement durable du système éducatif, aggravé par des tensions anciennes sur les ressources humaines et par une hausse générale des absences pour raisons de santé.

Des outils de pilotage encore insuffisants pour mesurer la réalité

La Cour constate que l’Éducation nationale a longtemps manqué d’instruments fiables pour suivre précisément les absences des enseignants, en particulier celles de courte durée. Si des progrès ont été engagés depuis 2023, notamment avec la mise en place du Pacte enseignant, la mesure du phénomène reste incomplète. Les données demeurent partielles, insuffisamment fiabilisées et encore lacunaires pour le secteur privé sous contrat. Cette fragilité statistique limite la capacité du ministère à anticiper et à corriger les pertes d’heures de cours. Parallèlement, les besoins de remplacement se sont accrus sous l’effet combiné d’une augmentation des absences et d’une crise durable du recrutement. Malgré une hausse marquée des crédits consacrés au remplacement depuis 2018, l’efficacité du dispositif progresse peu pour les absences de courte durée et recule pour celles de longue durée. Cette situation a conduit les autorités à élaborer un nouveau plan spécifique pour le remplacement prolongé à partir de 2025. Pour la Cour, l’organisation actuelle ne permet toujours pas de maîtriser pleinement les causes du temps d’enseignement perdu, appelant à renforcer la fiabilité des données, à déployer des outils nationaux de pilotage et à mieux prévenir les risques psychosociaux chez les enseignants.

Des inégalités territoriales et sociales bien identifiées

Le rapport met en évidence de fortes disparités selon les territoires et les établissements. Les zones rurales et les secteurs urbains les plus tendus rencontrent davantage de difficultés pour affecter et remplacer les enseignants. Les moyens disponibles varient sensiblement d’une académie à l’autre, accentuant les écarts. Les collèges relevant de l’éducation prioritaire apparaissent particulièrement exposés, avec un volume d’heures perdues sensiblement plus élevé que dans les autres établissements. Les contraintes organisationnelles, les besoins spécifiques des élèves et la multiplication des obligations institutionnelles y génèrent davantage d’absences. Si les effets précis sur les parcours individuels restent difficiles à mesurer faute de données fines, la Cour établit une corrélation entre le temps d’enseignement perdu et les résultats au diplôme national du brevet. L’impact demeure toutefois limité par rapport à d’autres déterminants majeurs, comme l’origine sociale des élèves ou leur niveau scolaire à l’entrée en sixième. Le risque principal identifié réside moins dans une baisse immédiate des résultats que dans l’aggravation progressive des inégalités éducatives. Malgré les efforts engagés depuis 2023, la Cour estime que des marges de progression subsistent. Les solutions numériques, développées après la crise sanitaire, restent inégalement mobilisées, souvent faute d’équipements adaptés ou de ressources humaines disponibles. L’institution considère que la baisse démographique attendue dans le second degré pourrait offrir une opportunité pour repenser l’organisation du travail enseignant. Elle appelle à actionner l’ensemble des leviers disponibles, y compris des réformes structurelles portant sur la gestion des ressources humaines, afin de réduire durablement le temps d’enseignement perdu et de garantir un accès équitable à l’éducation sur l’ensemble du territoire.

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