À Bordeaux, un professeur d’ingénierie mis en examen pour soupçons d’ingérence au profit de la Chine
À Bordeaux, un professeur d’ingénierie mis en examen pour soupçons d’ingérence au profit de la Chine

L’affaire a pris une dimension nationale. Un enseignant-chercheur bordelais, spécialiste reconnu en ingénierie et en mathématiques appliquées, a été mis en examen mi-décembre pour des faits relevant de l’ingérence étrangère et de l’atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. Selon le parquet de Paris, le scientifique est soupçonné d’avoir facilité l’accès de ressortissants chinois à des zones universitaires classées sensibles, dans un contexte de coopération académique étroitement surveillée par les autorités françaises. Le professeur exerce au sein de l’institut de mécanique et d’ingénierie de Bordeaux, rattaché à l’université de Bordeaux, dont certaines installations sont partiellement classées en zone à régime restrictif depuis 2019. Ces zones font l’objet d’un encadrement strict en raison de la nature stratégique des recherches qui y sont menées, notamment dans des domaines susceptibles d’applications militaires ou duales. Le ministère public estime que l’enseignant aurait permis à des membres d’une délégation chinoise de pénétrer dans ces espaces, malgré leur caractère explicitement signalé comme sensibles. L’intéressé a été mis en examen pour plusieurs chefs lourds, dont la livraison d’informations à une puissance étrangère et l’intelligence avec une puissance étrangère. Il est également poursuivi pour complicité d’intrusion dans un site intéressant la défense nationale. Les peines encourues peuvent aller jusqu’à quinze ans de réclusion criminelle. À ce stade, il a été laissé libre sous contrôle judiciaire, dans l’attente de la poursuite de l’instruction.

Une enquête déclenchée par les services de la défense

L’enquête trouve son origine dans un signalement transmis début 2024 par le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, à la suite d’un rapport d’incident concernant l’université bordelaise. Le parquet de Paris a alors ouvert une enquête préliminaire, confiée à sa section spécialisée dans la protection des libertés fondamentales. Une information judiciaire a été ouverte quelques mois plus tard, permettant le recours à des moyens d’investigation élargis. Dans ce cadre, plusieurs personnes ont été entendues en garde à vue en février 2025. L’exploitation des éléments saisis lors de perquisitions, notamment des supports numériques, aurait conduit les enquêteurs à replacer l’enseignant-chercheur en garde à vue avant sa mise en examen. Les investigations se poursuivent désormais sous l’autorité d’un juge d’instruction, chargé d’établir la réalité des faits et leur éventuelle qualification pénale. Le scientifique concerné est professeur de classe exceptionnelle et reconnu dans son domaine. D’après des informations relayées par la presse spécialisée, il entretient depuis de nombreuses années des relations académiques étroites avec des chercheurs chinois, notamment à la Xiamen University, où il séjournerait régulièrement. Ces coopérations, fréquentes dans le monde universitaire, sont toutefois devenues un sujet de vigilance accrue dans les secteurs liés à la défense et aux technologies sensibles. Toujours selon ces sources, les travaux menés par l’enseignant bordelais s’inscriraient dans un projet de recherche impliquant des partenaires industriels français, dont MBDA via sa filiale spécialisée dans la propulsion. Ce type de partenariat renforce l’attention portée par l’État à la circulation des informations scientifiques et techniques, afin d’éviter toute captation susceptible d’affaiblir les capacités nationales.

Entre coopération scientifique et soupçon d’ingérence

L’affaire suscite un malaise au sein du monde académique. Des représentants syndicaux de l’enseignement supérieur ont exprimé leur étonnement face à la gravité des charges retenues, rappelant que les missions de service public des universités incluent la production et la diffusion des connaissances, ainsi que la coopération internationale. Ils soulignent que les chercheurs sont, dans de nombreux cas, encouragés par les institutions à collaborer avec des partenaires étrangers. Les autorités judiciaires rappellent toutefois que les zones à régime restrictif obéissent à un cadre juridique précis, destiné à empêcher la captation d’éléments scientifiques ou techniques sensibles pouvant nuire à la sécurité nationale ou contribuer à des programmes militaires étrangers. Dans ce contexte, la frontière entre coopération académique légitime et manquement aux règles de protection devient particulièrement étroite.

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