À 89 ans, il décroche enfin son doctorat : l’incroyable revanche universitaire d’un ancien notaire girondin
À 89 ans, il décroche enfin son doctorat : l’incroyable revanche universitaire d’un ancien notaire girondin

La scène pourrait passer pour un roman, mais elle s’est bel et bien déroulée dans un amphithéâtre bordelais. À 89 ans, Jean-Marie Goizet, ancien notaire de Lussac, s’est présenté devant un jury de chercheurs pour défendre une thèse commencée… en 1960. Plus de soixante ans après avoir rangé ses cahiers pour entrer dans la vie professionnelle, il est revenu sur les bancs de l’université et a décroché ce titre qu’il n’avait jamais cessé de convoiter. Une revanche douce, patiente, presque héroïque, sur le temps qui passe.

Un retour sur les bancs de l’université, six décennies plus tard

Tout est parti d’un carton oublié. En feuilletant ses anciens écrits, Jean-Marie Goizet, déjà retiré depuis longtemps dans ses vignes familiales, tombe sur le début de sa thèse de droit privé. Le sujet, donné à l’époque par un professeur, portait sur le verre comme matériau de construction. Une thématique technique qu’il n’avait jamais vraiment quittée du regard, mais qu’il avait dû abandonner en entrant dans la vie active. « En les relisant, je me suis dit que je n’avais pas fait tout ça pour rien », raconte-t-il. Le voilà donc reparti à la faculté de droit de Bordeaux, à près de 85 ans, pour présenter au corps enseignant une première ébauche. Trop maigre, estime son nouveau directeur, qui l’encourage à étoffer l’ensemble. Alors le nonagénaire s’y remet, méthodiquement, découvrant un droit de l’urbanisme, de la construction et de l’environnement qui n’existait pas dans les années 60. « Je suis redevenu un étudiant », confie-t-il, mi-amusé, mi-fier.

Une thèse de 500 pages et un triomphe inattendu

Pendant six ans, il passe des journées entières à la bibliothèque universitaire, « avec des moments de doute », reconnaît-il, mais sans jamais renoncer. Ce travail acharné donne naissance à un manuscrit de plus de 500 pages, réactualisé, dense, où transparaît une curiosité intacte. En juin, l’heure de la soutenance sonne. Jean-Marie Goizet avoue une certaine nervosité devant le jury. Mais à l’issue des échanges, la décision tombe : il est docteur en droit. Dans la salle, les applaudissements fusent, d’autant plus nourris qu’il est appelé sur scène aux côtés… du plus jeune docteur de la promotion. Un symbole presque parfait. Devenu nonagénaire quelques mois plus tard, il en rit encore : « Ça aurait été encore plus classe de l’avoir à 90 ans ! »

Sur la page de garde de sa thèse figure une phrase de Claude Aveline : « Ne crois pas que tu t’es trompé de route quand tu n’es pas allé assez loin. » Une devise qui résume à merveille cette aventure hors du commun, celle d’un homme qui a décidé qu’il n’était jamais trop tard pour aller au bout de ses rêves.

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