L’annonce de la libération de Boualem Sansal a provoqué un soulagement national. Après près d’un an de détention arbitraire en Algérie, l’écrivain de 80 ans a retrouvé la liberté grâce à une médiation menée par Paris et Berlin, conclue par une grâce présidentielle accordée par Abdelmadjid Tebboune. De toutes parts, responsables politiques et personnalités culturelles ont salué la fin de ce calvaire. Mais, au même moment, un communiqué de La France insoumise, se félicitant de cette issue, a déclenché une vive polémique tant il contredit frontalement les positions que le mouvement avait défendues quelques mois plus tôt.

Une libération saluée mais une incohérence impossible à ignorer
Car en mai dernier, les députés insoumis avaient voté contre une résolution européenne réclamant précisément la libération immédiate de Boualem Sansal. Vingt-huit parlementaires nationaux LFI s’y étaient opposés, de Mathilde Panot à Manuel Bompard en passant par Louis Boyard. À l’époque, le groupe justifiait ce vote en accusant la résolution d’« instrumentaliser » l’écrivain et de vouloir « régler des comptes avec Alger ». Un positionnement qui avait suscité l’indignation d’une grande partie de la classe politique, certains rappelant qu’il s’agissait uniquement de défendre la liberté d’expression d’un citoyen français emprisonné.
La contradiction est aujourd’hui flagrante. Alors que l’écrivain sort enfin de prison, LFI publie un communiqué où elle se dit « soulagée », célèbre une victoire pour les libertés fondamentales et accuse même la droite d’avoir nui à sa libération par sa fermeté envers Alger. Pour les macronistes comme pour la droite, cette volte-face relève du cynisme politique. Beaucoup rappellent que les Insoumis avaient refusé de voter un texte symbolique destiné précisément à soutenir Boualem Sansal au moment où il en avait le plus besoin.
Cette journée marque pourtant un tournant. La diplomatie française et allemande a réussi à débloquer une situation longtemps paralysée, malgré les tensions franco-algériennes et les divergences politiques internes. Boualem Sansal pourra désormais recevoir les soins nécessaires et retrouver ses proches. Mais l’affaire laisse un arrière-goût amer dans le débat public français. Derrière la bonne nouvelle, elle révèle une fracture politique profonde autour de la défense de la liberté d’expression, et met une nouvelle fois en lumière les ambiguïtés persistantes de La France insoumise dès que l’Algérie est en cause.