La Russie dispose des capacités militaires nécessaires pour mener une attaque limitée contre le territoire de l’OTAN à tout moment, a déclaré le lieutenant-général Alexander Sollfrank, haut responsable militaire allemand, dans une interview accordée à Reuters. Selon lui, une telle opération serait « rapide, de petite envergure et limitée sur le plan régional », la Russie étant encore trop engagée dans sa guerre contre l’Ukraine pour lancer une offensive d’envergure.
« Si l’on considère la puissance de combat actuelle de la Russie, elle pourrait lancer une attaque à petite échelle contre le territoire de l’OTAN dès demain », a affirmé Sollfrank, qui dirige le commandement des opérations conjointes allemand et supervise la planification de la défense. Il a également souligné que Moscou pourrait, à plus long terme, disposer de la capacité d’une attaque à grande échelle contre l’alliance d’ici 2029, si elle poursuit son programme de réarmement.
S’exprimant depuis son quartier général près de Berlin, Sollfrank a précisé que, malgré les pertes subies en Ukraine, l’armée de l’air russe, ses forces de missiles et son arsenal nucléaire restaient largement intacts. Tandis que la flotte de la mer Noire a été affaiblie, les autres flottes russes demeurent pleinement opérationnelles. « Les forces terrestres ont subi des pertes, mais la Russie prévoit d’augmenter ses effectifs à 1,5 million de soldats et possède encore un nombre suffisant de chars de combat pour envisager une attaque limitée dès demain », a-t-il déclaré.
Le général, qui a pris la tête du commandement des opérations conjointes en 2024, estime que la probabilité d’une attaque dépendra de trois facteurs : la puissance militaire de la Russie, ses antécédents stratégiques et les décisions de son leadership. « Ces trois éléments me conduisent à conclure qu’une attaque russe est envisageable. Mais sa réalisation dépendra en grande partie de notre propre comportement », a-t-il ajouté, soulignant l’importance du renforcement de la dissuasion au sein de l’OTAN.
L’Allemagne, consciente de cette menace, a décidé d’accroître ses dépenses militaires pour atteindre 3,5 % du PIB d’ici 2029, soit environ 160 milliards d’euros, contre près de 100 milliards cette année. Berlin prévoit également d’augmenter ses effectifs de 60 000 soldats pour atteindre environ 260 000 militaires.
Sollfrank a décrit les incursions de drones russes dans l’espace aérien polonais comme faisant partie d’une stratégie plus large de « guerre hybride » menée par Moscou. « Les Russes appellent cela une guerre non linéaire une guerre qui précède le recours aux armes conventionnelles. Ils utilisent aussi la menace nucléaire comme instrument d’intimidation », a-t-il expliqué. Selon lui, ces manœuvres visent avant tout à tester la réaction de l’OTAN, à semer la peur et à évaluer la résilience de l’alliance occidentale.