Dans le nord de l’Amazonie péruvienne, les traces de décennies d’exploitation pétrolière restent visibles. À Santa Rosa, un mince film noir remonte encore à la surface lorsque les habitants remuent l’eau près d’un vieux pipeline du Bloc 8. Pour Wilmer Macusi, leader autochtone Urarina, la preuve est flagrante : « Ils disent que c’est propre… mais le pétrole remonte quand même. »
Alors que Petroperu cherche aujourd’hui à relancer la production pétrolière amazonienne afin d’approvisionner sa raffinerie modernisée de Talara, l’opposition locale, marquée par un long passif de fuites et de pollution, se renforce. Les communautés autochtones dénoncent plus de 50 ans de dégâts sur les sols, les forêts et les cours d’eau, sans que les promesses de développement ne se concrétisent.
La région, autrefois moteur du pétrole péruvien, produisait plus de 200 000 barils par jour dans les années 1980. Aujourd’hui, elle en fournit moins de 40 000, et de nombreux blocs ont été abandonnés depuis 2020. Petroperu, lourdement endettée et notée CCC+, mise pourtant sur une relance pour compenser ses pertes et amortir un investissement colossal de 6,5 milliards de dollars dans Talara.
Mais les défis sont nombreux. Le principal gisement, le Bloc 192, est paralysé par les protestations autochtones et par l’incapacité de Petroperu à trouver un partenaire international. L’entreprise locale Upland Oil & Gas a été choisie, puis disqualifiée pour incapacité financière, laissant le projet dans l’impasse. Sur le Bloc 8, Upland promet emplois et investissements, mais les communautés attendent toujours la mise en œuvre concrète des engagements, notamment le nettoyage des fuites anciennes.
En toile de fond, la méfiance reste alimentée par l’histoire : Pluspetrol Norte, ancien exploitant du Bloc 192, a quitté le pays après une accumulation record d’amendes environnementales, laissant derrière elle des zones fortement contaminées et des responsabilités contestées. Une plainte déposée auprès du Point de contact national de l’OCDE a conclu que l’entreprise avait violé les droits des peuples autochtones.
Le pipeline ONP, long de 1 100 km et crucial pour le transport du brut vers la côte, cristallise aussi les tensions. Considéré comme un chef-d’œuvre dans les années 1970, il est aujourd’hui synonyme de fuites, d’actes de sabotage, de conflits communautaires et d’enquêtes multiples. Les autorités ont même révélé un réseau frauduleux qui provoquait volontairement des déversements pour obtenir des contrats de nettoyage.
Au moment où le Pérou réexamine la gouvernance de Petroperu – avec un nouveau président intérimaire et un remplacement annoncé de tout le conseil d’administration –, l’avenir pétrolier de l’Amazonie reste incertain. Les communautés, elles, préviennent qu’elles n’hésiteront pas à agir si les promesses ne sont pas tenues.
Entre besoins économiques, pressions environnementales et colère autochtone, la relance pétrolière péruvienne se heurte à une réalité complexe, où chaque déversement rappelle un passé que beaucoup refusent désormais de revivre.