Derrière des gestes banalisés se cachent parfois des traumatismes durables. C’est ce qu’a rappelé, lundi 12 mai 2025, le tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon en condamnant un père de famille de 35 ans pour violences sur ses deux enfants, âgés de 4 et 7 ans au moment des faits. L’homme, au casier judiciaire vierge, a comparu pour avoir administré des coups — qu’il qualifie lui-même de « tapes sur les mains » — à ses enfants, dans un contexte de séparation conjugale houleuse. La justice, elle, y a vu des gestes brutaux, sources d’angoisses et de troubles persistants chez les enfants.
« Pas pour leur faire mal », mais pour « faire comprendre »
Le père, qui vit désormais loin de la Vendée dans une famille recomposée, a reconnu à l’audience avoir donné ces tapes « une dizaine, peut-être vingt fois » lorsqu’il s’occupait seul de ses enfants, souvent le week-end ou la nuit, pendant que leur mère travaillait. « C’était pas la meilleure méthode, j’en conviens », a-t-il admis devant les juges, tentant de justifier ces gestes comme des « réactions à chaud », notamment pour empêcher les enfants de se mettre en danger. Mais les éléments recueillis par les enquêteurs dressent un tableau plus sombre. Les enfants entendus par les gendarmes évoquent des coups portés au bras, une atmosphère anxiogène, des cauchemars répétés pour l’aînée. Un rapport médico-psychologique parle d’enfants « insécurisés », de « peur » et de « souffrances psychiques ». Pour la procureure de la République, Fiammetta Esposito, il n’y a aucun doute : « Les enfants sont crédibles précisément parce qu’ils ne dramatisent pas. »
Contexte familial tendu, gestes inacceptables
L’origine des plaintes remonte à l’été dernier. Séparée depuis plusieurs semaines, la mère dépose plainte après que les enfants lui ont confié, de façon spontanée selon son avocate, ce qu’ils avaient subi. Elle-même avait déjà porté plainte par le passé pour violences conjugales. « Ce n’est qu’après le départ du père que les enfants ont parlé », souligne son avocate. « Avant, ils vivaient dans un climat de tension où ils n’osaient rien dire. » Face aux accusations, la défense plaide une réaction exagérée et une instrumentalisation judiciaire du conflit familial. « Pourquoi cette plainte un mois et demi après le départ du père ? », interroge l’avocat, Maître Éric Muller, qui demande la relaxe, dénonçant au passage une coupure du lien parental décidée unilatéralement par la mère. Le tribunal, lui, a tranché. Sans prononcer de peine de prison ni d’amende lourde, il a opté pour une condamnation pédagogique, imposant un stage de responsabilité parentale au père et l’octroi d’un euro symbolique de dommages et intérêts à la mère et à chacun des deux enfants. Un jugement qui, s’il peut paraître mesuré, envoie un message clair : dans la sphère familiale, aucun geste violent, même prétendument éducatif, ne doit être minimisé.