Jeudi 19 juin, treize personnes, dont le fondateur du parc animalier des Pyrénées, comparaissent devant le tribunal judiciaire de Cahors dans une affaire de trafic d’animaux protégés révélant un système aussi vaste qu’organisé. Le dossier, ouvert depuis 2015, implique un réseau s’étendant sur une dizaine de départements et jusqu’à la Belgique et aux Pays-Bas.
Une filière illégale de grande ampleur
Le parc, situé à Argelès-Gazost dans les Hautes-Pyrénées, abrite plus de 500 animaux issus de 120 espèces. Selon l’enquête menée depuis près de dix ans par l’Office français de la biodiversité et la gendarmerie, une filière clandestine a permis d’alimenter ces volières à l’aide d’animaux capturés illégalement, notamment des oiseaux rares comme des rossignols du Japon, des geais verts, des callistes à cou bleu ou des pluviers guignards, ainsi que des mammifères tels que des marmottes. L’affaire implique des ornithologues, un soigneur, un directeur d’oisellerie, et même des bénévoles. Le fondateur du parc, Serge Mounard, a reconnu avoir réceptionné des oiseaux capturés dans la nature, invoquant le besoin de remplacer les spécimens morts prématurément. Parmi les figures-clés du réseau, Franck Ibanez, piégeur reconnu, collaborait avec des institutions scientifiques. D’autres, comme le soigneur Bastien Gaborieau, auraient falsifié les papiers officiels en posant des puces électroniques sur des animaux pour en maquiller l’origine. L’enquête a permis de découvrir que certaines bagues d’identification provenaient même d’oiseaux morts, récupérées pour légitimer les nouveaux arrivants capturés illégalement.
Des bénéfices importants pour un réseau structuré
L’ordonnance de renvoi évoque des montants significatifs, avec des ventes atteignant jusqu’à 80 000 euros pour des rossignols du Japon. L’ancien directeur aurait également recouru lui-même à des filets pour capturer certaines espèces. Le trafic aurait permis au parc d’être le premier en France à présenter une telle variété d’oiseaux, ce qui posait selon France Nature Environnement une « course folle à la collection » peu soucieuse de l’éthique ou de la légalité. Bien que le parc soit toujours en activité et propose même des séjours en immersion, ses dirigeants actuels font partie des personnes mises en cause. Les treize prévenus risquent jusqu’à trois ans de prison et 150 000 euros d’amende. Plusieurs associations, dont la Ligue de protection des oiseaux, le Muséum national d’histoire naturelle et France Nature Environnement, se sont portées parties civiles dans ce procès qualifié d’exceptionnel par les défenseurs de la biodiversité.