SOS Racisme vise Noëlle Lenoir pour des propos jugés racistes envers les Algériens
SOS Racisme vise Noëlle Lenoir pour des propos jugés racistes envers les Algériens

L’association de lutte contre le racisme a annoncé mardi 12 août avoir saisi la justice contre l’ancienne ministre déléguée aux Affaires européennes, Noëlle Lenoir, après des propos jugés racistes tenus sur CNews. Invitée pour commenter une décision du Conseil constitutionnel portant sur les conditions de rétention des étrangers en situation irrégulière, l’ex‑ministre a affirmé que « des millions d’Algériens (…) peuvent sortir un couteau dans le métro, dans une gare, dans la rue, n’importe où, ou prendre une voiture et rentrer dans une foule ». Ces paroles ont suscité l’indignation de SOS Racisme, qui y voit une injure publique à raison de l’origine et a déposé une plainte auprès du parquet de Paris.

Un dérapage en direct sur CNews

Noëlle Lenoir commentait la décision du Conseil constitutionnel de censurer l’allongement de la durée de rétention administrative pour les étrangers condamnés pour des infractions graves. L’ancienne ministre a présenté cette censure comme un frein à la protection du public, avant de faire un parallèle entre la menace terroriste et la communauté algérienne. L’association SOS Racisme a donc saisi la justice, estimant que ces déclarations « remplissent les conditions nécessaires à la qualification du délit d’injure publique à raison de l’origine, de l’appartenance ou de la non‑appartenance à une ethnie, une nation ou une religion ». Elle déplore le caractère stigmatisant et dangereux de ces propos, qui selon elle alimentent les amalgames et la haine envers les Algériens. L’ex‑ministre n’a pas encore réagi publiquement à cette plainte.

Réactions politiques et contexte juridique

Noëlle Lenoir, juriste et présidente du comité de soutien à l’écrivain Boualem Sansal, emprisonné en Algérie et condamné à cinq ans de détention pour « atteinte à l’unité nationale », fut membre du Conseil constitutionnel de 1992 à 2001 et ministre déléguée aux Affaires européennes entre 2002 et 2004. Elle est connue pour ses prises de position tranchées en matière de laïcité et de droits fondamentaux. Sa sortie médiatique intervient dans un contexte tendu : le Conseil constitutionnel a censuré la disposition phare d’une loi adoptée le 9 juillet qui visait à faire passer la durée maximale de rétention de quatre‑vingt‑dix à deux cent dix jours pour les étrangers condamnés pour des faits graves ou considérés comme dangereux. Les sages ont jugé que cette mesure portait atteinte aux libertés individuelles, provoquant la colère de certains responsables politiques.

La chaîne CNews n’a pas souhaité commenter l’incident

 Plusieurs responsables politiques ont néanmoins condamné les propos de l’ancienne ministre. Des élus écologistes et de la France insoumise ont évoqué une « banalisation de la haine », tandis que des représentants de la majorité présidentielle ont rappelé l’importance de ne pas stigmatiser des populations entières pour des faits commis par une minorité. En déposant plainte, SOS Racisme souhaite envoyer un signal fort aux personnalités publiques : les propos discriminatoires tenus dans les médias ne doivent pas rester impunis. L’association espère que la justice rappellera les limites de la liberté d’expression lorsqu’elle porte atteinte à la dignité et à la sécurité des personnes. Quant à Noëlle Lenoir, elle pourrait être convoquée devant un tribunal pour répondre de ses déclarations. 

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