Il aura fallu plus d’un mois de débats pour parvenir à ce verdict d’une extrême sévérité. Lundi 7 juillet, la cour d’assises spéciale de Paris a condamné Michaël Chiolo à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté incompressible. Une peine rarissime, réservée aux actes les plus violents, que la justice française n’applique qu’avec parcimonie. L’intéressé, âgé de 33 ans, a accueilli la sentence en levant un doigt vers le ciel avant de se recueillir silencieusement. Ce Mosellan, au parcours aussi chaotique que radicalisé, avait été reconnu coupable de tentative d’assassinat contre deux surveillants pénitentiaires en mars 2019. Durant toute l’audience, il avait revendiqué son geste comme une vengeance contre l’institution carcérale, refusant tout remords et multipliant les provocations. À l’époque, il s’était déjà fait remarquer pour son parcours atypique : passé du banditisme à l’idéologie néonazie, avant de se tourner en détention vers une radicalisation islamiste violente, jusqu’à prêter allégeance au groupe État islamique.
Une attaque sanglante et préméditée
L’affaire remonte au 5 mars 2019. Ce jour-là, au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, réputé pour accueillir les détenus les plus dangereux, deux surveillants avaient été violemment agressés à l’arme blanche. Les couteaux en céramique, indétectables aux portiques, avaient été introduits par la compagne de Michaël Chiolo, Hanane Aboulhana, venue lui rendre visite dans l’unité de vie familiale. Le couple s’était ensuite retranché près de dix heures, contraignant les forces d’intervention à donner l’assaut. La femme, âgée de 34 ans, avait été abattue. Chiolo, blessé, avait survécu. Les autorités avaient rapidement qualifié l’attaque d’acte terroriste, compte tenu de l’itinéraire idéologique de l’assaillant. Cinq hommes avaient été mis en accusation dans ce dossier, dont certains pour avoir facilité la préparation ou l’exécution du passage à l’acte. À l’issue du procès, Abdelaziz Fahd a lui aussi été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté de 30 ans, pour complicité de tentative d’assassinat.
Un verdict exceptionnel et symbolique
En suivant les réquisitions du parquet national antiterroriste, les magistrats ont appliqué la peine la plus lourde du Code pénal français. À ce jour, seuls deux autres détenus purgent une perpétuité incompressible : Salah Abdeslam, pour les attentats du 13 novembre 2015, et Brahim Aouissaoui, pour l’attaque de la basilique de Nice en 2020. La justice a en revanche acquitté l’un des accusés, jugé pour association de malfaiteurs terroriste, faute de preuves suffisantes. La sévérité de cette décision traduit autant la gravité des faits que le refus de toute complaisance face aux actes de violence en prison, surtout lorsqu’ils s’inscrivent dans une logique djihadiste. Pour les surveillants blessés, la reconnaissance judiciaire est venue sceller une longue attente. Pour Michaël Chiolo, désormais, l’éternité carcérale a un visage : celui de la perpétuité réelle.