À l’occasion de la panthéonisation de Robert Badinter, une nouvelle édition du roman graphique L’Abolition retrace le parcours déterminant de l’homme qui fit disparaître la peine de mort en France. Un récit poignant à redécouvrir.
Une lutte née d’un choc judiciaire
Le 28 novembre 1972, Roger Bontems est exécuté malgré le fait qu’il n’ait tué personne. Robert Badinter, son avocat, est alors marqué à vie par ce verdict qu’il juge inique. Ce moment charnière ouvre la bande dessinée L’Abolition. Le combat de Robert Badinter, signée par la scénariste Marie Bardiaux-Vaïente et le dessinateur Malo Kerfriden, rééditée aux éditions Glénat à l’occasion de l’entrée au Panthéon de l’ancien garde des Sceaux, ce jeudi 9 octobre 2025.
Fruit d’un long travail documentaire, cette nouvelle version est enrichie d’un dossier historique retraçant la chronologie de l’abolitionnisme en France. La narration dense et rigoureuse permet de mieux comprendre ce qui a conduit Badinter à faire de l’éradication de la peine capitale sa mission première, jusqu’au vote de la loi du 9 octobre 1981, jour symbolique choisi aujourd’hui pour son hommage national.
Un roman graphique entre justice, politique et mémoire
Au fil des planches, le lecteur suit le parcours d’un homme habité par une quête de justice radicale. Le scénario mêle récits de procès, débats parlementaires, coulisses du pouvoir et souvenirs personnels. Le passé de Badinter – notamment l’arrestation de son père lors de la rafle de la rue Sainte-Catherine à Lyon en 1943 – éclaire son attachement viscéral aux droits humains. Même face à Klaus Barbie, jugé pour crimes contre l’humanité en 1987, celui qui fut ministre de François Mitterrand ne dérogera pas à sa ligne de conduite : refuser la vengeance d’État.
La BD s’attarde aussi sur les procès les plus marquants de sa carrière : celui de Bontems, bien sûr, mais aussi celui de Patrick Henry en 1977. Ce dernier, accusé du meurtre d’un enfant, échappe à la guillotine grâce à la plaidoirie de Badinter. Le message est clair : ce n’est pas l’homme que l’on défend, mais le principe qu’aucun crime ne justifie l’exécution.
Entre thriller judiciaire et fresque politique, L’Abolition parvient à restituer l’intensité d’un combat humaniste qui transforma en profondeur la justice française. Une œuvre de mémoire, essentielle et pédagogique, à lire pour comprendre ce que signifie vraiment abolir la peine de mort.