La Corée du Sud ratifie enfin le traité international visant à encadrer les adoptions à l’étranger
La Corée du Sud ratifie enfin le traité international visant à encadrer les adoptions à l’étranger

Après plus d’une décennie de retard, la Corée du Sud a annoncé mardi avoir ratifié la Convention de La Haye sur les adoptions internationales, un traité majeur destiné à renforcer la légalité et l’éthique des adoptions à l’étranger. Cette décision marque un tournant pour un pays longtemps critiqué pour son système d’adoption opaque, particulièrement actif dans les années 1970 et 1980, lorsqu’il envoyait des milliers d’enfants chaque année vers des pays occidentaux.

Cette ratification intervient alors que le gouvernement sud-coréen fait face à une pression croissante pour reconnaître les abus et fraudes systémiques ayant entaché son programme d’adoption. De nombreux enfants adoptés à l’étranger ont découvert à l’âge adulte que leurs dossiers avaient été falsifiés, les présentant à tort comme des orphelins abandonnés. D’autres ont été retirés de leurs familles de naissance sans leur consentement, voire enlevés.

Le traité prendra effet en Corée du Sud le 1er octobre. Dans un communiqué conjoint, les ministères des Affaires étrangères et de la Santé et du Bien-être ont souligné que ce pas historique vise à « établir un système d’adoption international avancé, conforme aux normes internationales », en mettant fin à la domination des agences privées sur le processus.

Signée dès 2013, l’adhésion formelle au traité avait été repoussée faute de réforme suffisante pour centraliser les adoptions sous l’autorité de l’État. Désormais, les placements à l’étranger ne seront autorisés que si aucune solution familiale n’est trouvée dans le pays d’origine, et seulement après l’examen d’un comité gouvernemental.

Un arsenal de réformes a été mis en place ces dernières années pour limiter les abus, notamment une loi de 2011 rétablissant un contrôle judiciaire sur les adoptions internationales, entraînant une forte baisse des départs. En 2024, seules 58 adoptions internationales ont été enregistrées, contre plus de 6 000 par an dans les années 1980.

Malgré ces avancées, les autorités sud-coréennes peinent à traiter les milliers de dossiers comportant des données erronées ou falsifiées, ce qui complique les démarches des enfants adoptés pour retrouver leurs origines. Une loi adoptée en 2023 prévoit d’ici juillet le transfert de tous les dossiers des agences privées vers un organisme public, le Centre national pour les droits de l’enfant, pour centraliser les recherches de familles biologiques.

En mars, la Commission vérité et réconciliation a reconnu la responsabilité de l’État dans un programme d’adoption marqué par la fraude et la négligence, conçu pour réduire les dépenses sociales et favoriser les relations avec les pays occidentaux. Les conclusions de la commission ont confirmé les résultats d’une enquête conjointe de l’Associated Press et de PBS Frontline révélant que plus de 200 000 enfants sud-coréens avaient été envoyés à l’étranger, souvent dans des conditions douteuses.

Toutefois, le gouvernement n’a jamais présenté d’excuses officielles, et les recommandations de la commission restent lettre morte. Certains enfants adoptés critiquent un rapport trop prudent et déplorent l’absence de propositions claires en matière de réparations. La commission a reconnu des violations des droits humains dans seulement 56 des 367 plaintes déposées depuis 2022, et l’avenir des dossiers restants dépend d’un éventuel vote au Parlement pour prolonger les investigations.

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