Après sept ans de combat judiciaire, Sabine et Thomas Grataloup n’ont pas obtenu gain de cause. Le tribunal de Vienne (Isère) a estimé ce jeudi 31 juillet que Bayer-Monsanto ne pouvait être tenu responsable des graves malformations dont souffre leur fils Théo, aujourd’hui âgé de 18 ans. Le couple accusait le géant agrochimique d’avoir exposé in utero leur enfant au glyphosate, par le biais d’un désherbant utilisé pendant la grossesse. La décision s’appuie principalement sur l’incertitude autour du produit utilisé en 2006 : aucune facture n’atteste de l’achat du Glyper, herbicide à base de glyphosate. Le tribunal considère donc que la responsabilité de Monsanto et de sa maison-mère Bayer ne peut être engagée.
Un parcours médical hors du commun
Théo Grataloup est né avec de lourdes malformations du larynx, de l’œsophage et du système respiratoire. Depuis, il a subi une cinquantaine d’interventions chirurgicales. Malgré les soins, il restera toute sa vie dépendant d’une trachéotomie pour respirer. Les douleurs lombaires liées à une scoliose sévère et une nouvelle malformation de la colonne compliquent encore son quotidien. Un traitement est aussi en cours pour prévenir un risque de cancer de l’œsophage. En 2022, le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides avait pourtant reconnu une possible causalité entre l’exposition prénatale aux pesticides et les malformations de Théo, ouvrant droit à une indemnité mensuelle. C’était une première en France dans le cas du glyphosate.
Bayer sur la défensive, la famille fait appel
La multinationale, défendue par ses avocats lors de l’audience en mai, a contesté la fiabilité de l’expertise du FIVP. Elle a également mis en doute l’exposition réelle au produit et la validité des témoignages fournis. Une stratégie perçue par la famille comme une tentative d’épuisement. Leur avocat Bertrand Repolt annonce faire appel du jugement. La complexité de la procédure a été renforcée par l’architecture industrielle du produit : préparé en Belgique, conditionné en Italie, vendu en France sous une autre marque… Une dilution des responsabilités jugée volontaire par les plaignants.
Un combat plus large que l’indemnisation
Le glyphosate, interdit en France pour un usage domestique depuis 2019 mais réautorisé au niveau européen pour dix ans en 2023, reste au cœur des débats. En toile de fond, le combat mené par les familles touchées par les pesticides s’intensifie. Aux côtés de Sabine Grataloup, d’autres parents comme Fleur Breteau ou Franck Rinchet-Girollet demandent aujourd’hui l’interdiction complète des pesticides de synthèse. Une pétition a été déposée à l’Assemblée nationale le 16 juillet. Malgré cette décision défavorable, la famille Grataloup entend poursuivre sa mobilisation. Théo, désormais bachelier, se projette dans l’avenir avec un projet professionnel tourné vers l’hôtellerie. Il intégrera à la rentrée l’Institut Lyfe pour y préparer un bachelor en management hôtelier. Une volonté farouche de vivre, malgré tout.