« Elle ne reviendra pas » : des femmes alaouites enlevées dans les rues de Syrie après la chute d’Assad
« Elle ne reviendra pas » : des femmes alaouites enlevées dans les rues de Syrie après la chute d’Assad

Depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, les femmes de la minorité alaouite en Syrie sont confrontées à une vague d’enlèvements qui sème la terreur dans leurs communautés. Dans plusieurs villes de l’ouest du pays, des dizaines de femmes et de jeunes filles ont disparu cette année, arrachées à leurs familles en pleine rue, souvent à la sortie d’écoles, de marchés ou même de lieux de refuge.

Selon des témoignages recueillis par Reuters, ces enlèvements ciblés semblent alimentés par un désir de vengeance à l’encontre de la communauté alaouite, longtemps identifiée au régime d’Assad. Les familles reçoivent parfois des appels anonymes exigeant des rançons exorbitantes. D’autres ne reçoivent aucun signe de vie de leurs proches. « Elle ne reviendra pas », a déclaré un ravisseur à une mère désespérée, selon des proches ayant assisté à la scène.

Les violences prennent racine dans un ressentiment profond. Le régime déchu d’Assad, issu de la communauté alaouite, a été accusé de répression brutale et de crimes de guerre durant les années de conflit. Depuis sa chute, une partie de la population syrienne semble vouloir faire payer à cette minorité ses années de pouvoir. Des ONG de défense des droits humains ont rapporté plusieurs massacres présumés de civils alaouites dans les mois qui ont suivi la fin du régime.

Les autorités locales issues de la transition politique, encore fragiles et souvent absentes dans certaines régions, peinent à assurer la sécurité. Dans ce vide sécuritaire, des groupes armés non identifiés semblent mener ces enlèvements en toute impunité. Certaines familles tentent de fuir vers le Liban voisin, traversant à pied la rivière Nahr El Kabir, comme en témoignent des photos récentes prises à la frontière.

Pour beaucoup d’alaouites, le sentiment d’abandon est total. Alors que le conflit syrien entre dans une nouvelle phase, marqué par une reconfiguration du pouvoir et des rivalités communautaires exacerbées, les violences ciblées contre les femmes de cette minorité illustrent les dangers de l’impunité et de la vengeance post-régime. La communauté internationale, jusqu’ici silencieuse, est appelée à agir avant que la situation ne dégénère davantage.

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