Il trotte dans les couloirs de la Maison de la RATP comme s’il y travaillait depuis toujours. Depuis juin, Charlie, golden retriever d’un an et demi, est officiellement le premier chien médiateur du groupe. Recruté pour une expérimentation d’un an, il assiste les médiateurs dans les conflits internes. Un pari atypique que la direction, Jean Castex en tête, prend très au sérieux. Le chien a suivi une formation rigoureuse avec l’Université de la médiation animale (UMA), une école spécialisée, avant de décrocher en juin un certificat officiel de « chien médiateur ». Son intégration n’est pas qu’une mascotte sympathique. Elle s’inscrit dans une démarche sérieuse initiée en 2021 par la RATP pour désamorcer les tensions en interne.
Un collègue à quatre pattes certifié pour apaiser les tensions
Charlie intervient uniquement dans les médiations collectives, à condition que toutes les parties en conflit aient donné leur accord. Harnais floqué « chien médiateur » sur le dos, il assiste aux échanges accompagné de sa référente, Sophie Pralong-Richy, médiatrice du groupe et instigatrice du projet. Ensemble, ils forment un binôme certifié. Le chien ne juge pas, n’interrompt jamais, ne hausse pas la voix. Il apaise, canalise, ouvre des respirations dans les tensions les plus lourdes. À sa simple présence, les mots reviennent plus calmes, les gestes moins raides. Certains salariés plaisantent même : « On ferait presque exprès de se fâcher pour avoir une séance avec lui ». La cellule de médiation interne de la RATP, créée il y a quatre ans, affiche déjà un taux de résolution de plus de 80 % dans les situations traitées. L’objectif est désormais de renforcer encore l’efficacité du dispositif en y ajoutant cette touche animale : une tierce présence affective, silencieuse, bienveillante, sans égo ni passé professionnel. Un catalyseur d’apaisement.
Une première dans une grande entreprise publique
Charlie n’est pas une fantaisie. Il est l’aboutissement d’une longue réflexion et d’un projet monté avec méthode. Sa présence dans l’entreprise est un test d’un an, un CDD officieux qui pourrait faire école ailleurs. Dans un groupe aussi vaste que la RATP, qui compte près de 70 000 salariés, les tensions ne manquent pas. L’idée est de professionnaliser les outils de résolution des conflits, sans négliger l’humain. Ou le non-humain, en l’occurrence. Le PDG Jean Castex lui-même a tenu à rencontrer l’intéressé. La direction soutient l’expérimentation, tout comme les médiateurs du groupe, conquis par les premières séances. À la fin de l’année, un bilan permettra de mesurer l’impact réel de Charlie sur les médiations menées. D’ici là, il continue d’arpenter les salles de réunion comme n’importe quel collègue, sauf qu’il ne prend pas la parole. Et c’est précisément ce qui change tout.