La répression s’intensifie contre la dissidence artistique en Russie où les membres du groupe Stoptime, de jeunes musiciens de rue devenus viraux pour avoir interprété des chansons anti-Kremlin, ont vu leurs peines de prison augmenter mercredi. Cette escalade judiciaire intervient dans un contexte de multiplication des arrestations visant les artistes de rue ayant manifesté leur solidarité à travers le pays.
La chanteuse du groupe, Diana Loginova, 18 ans, a une nouvelle fois été condamnée à 13 jours de prison pour tapage nocturne, après avoir déjà purgé une peine similaire et reçu une amende de 30 000 roubles mardi pour l’interprétation d’une chanson d’un autre artiste critique envers le pouvoir. Le guitariste Alexander Orlov écope également de 13 jours de prison pour organisation illégale d’un rassemblement, tandis que le batteur Vladislav Leontyev fait face à de nouvelles accusations.
Le groupe s’était fait connaître en interprétant « Swan Lake Cooperative » du rappeur exilé Noize MC sur la perspective Nevski de Saint-Pétersbourg, une chanson interdite en mai dernier pour avoir été accusée de promouvoir des « changements violents aux fondements de l’ordre constitutionnel ». Pourtant, comme l’a souligné Loginova aux journalistes avant l’audience : « Le pouvoir de la musique est important, et ce qui se passe actuellement le prouve ».
Cette affaire a déclenché un mouvement de solidarité inattendu, avec de nombreuses performances spontanées de jeunes musiciens de rue dans plusieurs villes russes, dont Moscou et Iekaterinbourg. Ces manifestations artistiques pacifiques, rares dans une Russie où toute opposition ouverte est sévèrement réprimée, ont conduit à plusieurs arrestations pour des délits mineurs.
L’ancien homme politique d’opposition Maxim Reznik, interrogé par la chaîne Dozhd exilée à Amsterdam, estime que les autorités auront du mal à étouffer ce mouvement : « Nous avons affaire à toute une génération de personnes qui refusent de tolérer ce qui se passe. Peu importe le degré de répression exercé par les autorités, elles ne pourront pas étouffer la volonté de résister ». Ces condamnations illustrent la détermination du Kremlin à contrôler toute expression artistique perçue comme subversive.