Vienne juge un ex-responsable du renseignement autrichien accusé d’avoir espionné pour Moscou
Vienne juge un ex-responsable du renseignement autrichien accusé d’avoir espionné pour Moscou

Un ancien haut responsable du renseignement intérieur autrichien, Egisto Ott, a comparu jeudi devant un tribunal à Vienne, accusé d’avoir aidé la Russie à traquer des opposants et d’avoir vendu du matériel gouvernemental sécurisé à la demande de Jan Marsalek, l’ex-dirigeant en fuite de la société allemande Wirecard. Âgé de 63 ans, Ott a plaidé non coupable et nie toute collaboration avec un service de renseignement étranger au détriment de l’Autriche.

Selon l’accusation, cette affaire constitue le dossier d’espionnage le plus important dans ce pays neutre depuis la condamnation, en 2020, d’un colonel à la retraite reconnu coupable d’avoir espionné pendant des décennies pour Moscou. Les procureurs affirment qu’Ott a effectué, ou fait effectuer, des recherches non autorisées dans des bases de données policières afin d’identifier des personnes que la Russie souhaitait localiser, notamment Dmitry Senin, aujourd’hui demandeur d’asile au Monténégro.

Les enquêteurs estiment également qu’Ott a fourni à Marsalek des téléphones et des ordinateurs portables gouvernementaux sécurisés, et qu’il consignait les résultats de ses recherches sur un compte Gmail privé ou dans des dossiers sans lien avec son travail officiel au sein du Bureau fédéral pour la protection de la Constitution et la lutte contre le terrorisme, aujourd’hui dissous.

La défense a rejeté ces accusations, affirmant qu’Ott agissait en réalité dans le cadre d’une opération secrète menée pour le compte d’une agence de renseignement alliée. Son avocate, Anna Mair, a soutenu que les recherches visaient à approcher certaines cibles à des fins de recrutement et non à servir les intérêts russes, ajoutant qu’un témoin devait corroborer cette version.

Parmi les personnes dont Ott aurait consulté les données figure le journaliste d’investigation bulgare Christo Grozev, connu pour son travail avec le média Bellingcat, notamment sur l’empoisonnement en 2018 de l’ex-agent russe Sergueï Skripal au Royaume-Uni. Selon l’accusation, l’adresse viennoise de Grozev aurait été transmise à Marsalek, ce qui aurait conduit à un cambriolage de son domicile et, par la suite, à son départ d’Autriche pour des raisons de sécurité.

À la barre, Egisto Ott a contesté toute intention illégale, déclarant qu’il aurait pris davantage de précautions s’il avait réellement agi pour une puissance étrangère. « Croyez-vous vraiment que je ferais une chose pareille ? » a-t-il lancé au tribunal, mettant en doute la thèse de l’accusation.

Le procès, qui se poursuit vendredi, devrait durer plusieurs mois. Il est suivi de près par les services de sécurité européens, car il pourrait apporter de nouveaux éclairages sur les activités de renseignement russes en Europe et sur le rôle présumé de Jan Marsalek, toujours en fuite et que les autorités soupçonnent de se trouver en Russie.

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