Environ 250 agents fédéraux doivent lancer lundi une vaste opération migratoire dans le sud-est de la Louisiane et jusqu’au Mississippi, une campagne baptisée « Swamp Sweep » dont l’objectif affiché est l’arrestation d’environ 5 000 personnes. L’opération, centrée sur la région de La Nouvelle-Orléans, s’inscrit dans la stratégie de l’administration Trump, qui a multiplié les actions de grande ampleur dans des villes dirigées par des démocrates.
À la tête du dispositif se trouve Gregory Bovino, un commandant de la Border Patrol déjà connu pour avoir conduit des opérations spectaculaires à Chicago, Los Angeles et Charlotte. Certaines de ces interventions avaient été marquées par des descentes en rappel, l’usage de gaz lacrymogènes et des arrestations massives, suscitant plusieurs plaintes et critiques judiciaires. Une juge fédérale à Chicago l’a récemment accusé d’avoir menti et d’avoir employé des moyens disproportionnés contre des manifestants.
En Louisiane, l’opération intervient dans un contexte où l’État dispose de lois particulièrement strictes en matière d’immigration. Le gouvernement fédéral considère La Nouvelle-Orléans comme une ville qui ne coopère pas suffisamment avec les autorités migratoires. Des textes adoptés par la législature républicaine rendent pénalement responsables les agents publics soupçonnés d’entraver les actions fédérales, pouvant aller jusqu’à un an de prison ou davantage pour malversation.
À l’approche du déploiement, l’inquiétude grandit dans les communautés hispaniques de la région. Des avocats spécialisés affirment être submergés de demandes de consultations, souvent effectuées virtuellement tant certaines familles craignent de se déplacer. De nombreuses personnes se préparent comme avant une tempête : courses anticipées, déplacements réduits au minimum, et organisation d’alternatives pour accompagner les enfants à l’école.
Des commerces ont affiché des messages interdisant l’entrée aux agents fédéraux, tandis que des associations locales organisent des formations sur les droits des migrants et des ateliers visant à documenter les interventions prévues.
Si La Nouvelle-Orléans reste une ville marquée par une tradition de diversité culturelle, la proportion d’habitants nés à l’étranger demeure inférieure à la moyenne nationale. La population hispanique, renforcée après les travaux de reconstruction post-Katrina, représente aujourd’hui environ 14 % des habitants. Le Pew Research Center estime par ailleurs que près de 110 000 personnes en situation irrégulière vivaient en Louisiane en 2023, principalement originaires du Honduras.
Certains acteurs économiques redoutent l’impact de cette opération sur une économie largement dépendante du tourisme. Des voix locales alertent sur le risque de décourager visiteurs et travailleurs immigrés, dans un climat perçu comme anxiogène.
L’administration locale se prépare désormais à l’arrivée des agents fédéraux, dont les méthodes et l’ampleur de la mission devraient marquer les prochains mois dans la région.