Un tribunal ordonne la libération d’un journaliste turc de premier plan en attendant l’examen de son appel
Un tribunal ordonne la libération d’un journaliste turc de premier plan en attendant l’examen de son appel

Un tribunal turc a ordonné lundi la libération du journaliste vétéran Fatih Altayli, incarcéré depuis plusieurs mois, dans l’attente de l’issue de son appel contre une condamnation pour avoir prétendument menacé le président Recep Tayyip Erdogan. La décision marque un tournant dans une affaire suivie de près par les défenseurs de la liberté de la presse en Turquie.

Âgé de 63 ans, Fatih Altayli, chroniqueur de longue date et figure médiatique influente, avait été condamné le mois dernier à quatre ans et deux mois de prison. Il avait été arrêté en juin, accusé d’avoir proféré des menaces à l’encontre du chef de l’État lors de l’une de ses émissions diffusées sur YouTube, une plateforme sur laquelle ses programmes attiraient quotidiennement des centaines de milliers de spectateurs.

La cour régionale d’appel a motivé sa décision en soulignant l’absence de risque de fuite, le fait que l’ensemble des preuves avait déjà été recueilli et la durée de la détention déjà purgée, selon l’agence de presse publique Anadolu. Cette juridiction a estimé que le maintien en prison du journaliste n’était plus justifié pendant la procédure d’appel.

L’affaire trouve son origine dans des propos tenus par Altayli dans son émission « Fatih Altayli Comments », au cours de laquelle il évoquait un sondage indiquant que plus de 70 % de la population était opposée à une présidence à vie pour Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis plus de vingt ans. Le journaliste avait alors rappelé que la société turque était historiquement attachée à des limites à l’exercice de l’autorité.

Il avait notamment cité des exemples tirés de l’histoire ottomane pour illustrer le rejet populaire du pouvoir absolu, des propos que les autorités ont interprétés comme une menace. Fatih Altayli a toujours nié toute intention de menacer le président, affirmant que ses commentaires relevaient d’une analyse historique et politique.

Après son arrestation, il avait continué à s’exprimer par le biais de lettres transmises par ses avocats, avant de suspendre finalement son émission. Son cas a été largement perçu par ses soutiens comme une tentative de faire taire une voix critique du gouvernement.

Dans un paysage médiatique turc largement dominé par des groupes proches du pouvoir ou contrôlés par l’État, de nombreux journalistes indépendants se sont tournés vers YouTube et d’autres plateformes numériques pour contourner la censure. La libération de Fatih Altayli, même provisoire, est ainsi considérée comme un signal important dans un contexte de fortes pressions sur la liberté d’expression en Turquie.

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