Taïwan commencera cette semaine à distribuer des millions de manuels de défense civile à l’ensemble des foyers de l’île, une initiative inédite destinée à préparer la population à d’éventuelles urgences, y compris la possibilité d’une attaque chinoise. Le document, dévoilé en septembre, marque une évolution majeure : il contient pour la première fois des instructions expliquant comment réagir en cas de rencontre avec des soldats ennemis, et insiste sur le fait que toute annonce de capitulation de Taïwan doit être considérée comme fausse.
Le manuel, qui détaille également la localisation des abris anti-bombes, la constitution de kits d’urgence et la conduite à adopter face à différents scénarios de crise, s’inscrit dans un vaste effort visant à renforcer la résilience civile. Ces mesures surviennent alors que Pékin multiplie les pressions militaires, politiques et psychologiques pour affirmer sa revendication de souveraineté sur l’île démocratiquement gouvernée.
Selon Lin Fei-fan, secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité, la diffusion de ce livret démontre « la détermination » de Taïwan à se défendre. Il affirme que la population doit être prête à se protéger mutuellement si Pékin “prend la mauvaise décision”, ajoutant que la volonté de résistance du peuple taïwanais est désormais clairement affirmée.
Plus de 9,8 millions de foyers recevront cette semaine le manuel dans leur boîte aux lettres, et des versions en anglais et dans d’autres langues seront prochainement mises à disposition. Le gouvernement prévoit ensuite des campagnes de sensibilisation pour aider chacun à préparer une trousse d’urgence adaptée, sans en préciser encore les modalités.
Le document expose une large gamme de scénarios, du sabotage de câbles sous-marins aux cyberattaques, en passant par des inspections de navires taïwanais par une « nation ennemie » ou encore une invasion totale. Lin souligne que Taïwan fait déjà face à une « guerre hybride » menée par la Chine, impliquant cyberattaques, infiltrations, désinformation et activités militaires régulières autour de l’île.
Pékin, qui n’exclut pas le recours à la force pour prendre le contrôle de Taïwan, n’a pas réagi dans l’immédiat. Le gouvernement taïwanais réaffirme pour sa part que seul le peuple taïwanais est habilité à décider de l’avenir de l’île.