Six grandes économies européennes, dont l’Allemagne et la France, ont décidé de s’engager conjointement pour relancer des projets européens au point mort, freinés par les lourdeurs du processus décisionnel de l’Union européenne à 27. Cette initiative intervient dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et de critiques répétées sur la lenteur de l’UE à prendre des décisions stratégiques.
Les ministres des Finances et de l’Économie de l’Allemagne, de la France, de la Pologne, de l’Espagne, de l’Italie et des Pays-Bas ont tenu une visioconférence afin de réfléchir à des moyens plus souples pour faire avancer des dossiers clés sans attendre l’unanimité des États membres. L’objectif affiché est de permettre à un noyau de pays moteurs de lancer des projets, tout en laissant la porte ouverte à d’autres États souhaitant s’y associer.
Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a estimé que le statu quo n’était plus tenable. Selon lui, ces six pays entendent « donner l’impulsion » afin de renforcer la compétitivité européenne et les capacités de défense, dans un environnement international de plus en plus instable.
Parmi les priorités évoquées figurent la relance du projet d’union des marchés de capitaux, destiné à mieux financer l’économie européenne, le renforcement du rôle international de l’euro, notamment à travers la création d’un système de paiement européen indépendant, ainsi qu’une meilleure coordination des investissements dans la défense. La sécurisation de l’accès aux minéraux critiques, essentiels à la transition énergétique et aux technologies de pointe, fait également partie des axes de travail, via des achats coordonnés et des partenariats commerciaux internationaux.
Cette approche par coalitions ad hoc n’est pas nouvelle au sein de l’Union européenne. Elle a déjà été utilisée dans le passé, notamment pour la création de la monnaie unique. Mais elle prend aujourd’hui une dimension plus politique, alors que l’Europe fait face à une croissance économique atone, à des divergences internes persistantes et à la pression stratégique exercée par les États-Unis, la Russie et la Chine.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment multiplié les signaux en faveur d’une Europe capable d’avancer sans attendre l’accord de tous, que ce soit sur les questions commerciales ou sur le soutien à l’Ukraine. La France défend depuis plusieurs années cette logique de groupes restreints pour débloquer des dossiers sensibles, allant de l’industrie de l’acier à l’énergie nucléaire.
Aucune décision concrète n’a encore été arrêtée, mais les six pays ont convenu de poursuivre leurs échanges et de se réunir à nouveau. Selon plusieurs sources européennes, il ne s’agirait pas de créer un club fermé, mais un format informel et flexible, activé en fonction des besoins. Pour Varsovie, cette dynamique est devenue indispensable : le ministre polonais des Finances, Andrzej Domanski, a résumé l’enjeu en affirmant que « l’économie européenne doit accélérer », car les changements actuels sont jugés trop lents.