Les autorités fédérales ont mené samedi une opération d’envergure à Charlotte, en Caroline du Nord, marquant une nouvelle étape dans l’intensification de la répression contre l’immigration clandestine sous l’administration Trump. Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a confirmé l’intervention, affirmant répondre au refus de l’État de coopérer avec près de 1 400 demandes fédérales visant à prolonger la détention de suspects recherchés par les services d’immigration.
Tricia McLaughlin, porte-parole du DHS, a justifié l’opération en affirmant que les renforts dépêchés à Charlotte visaient à « assurer la sécurité des Américains » et à lutter contre les menaces à la sécurité publique posées, selon elle, par certains immigrés en situation irrégulière. Le nombre d’agents mobilisés et de personnes interpellées n’a toutefois pas été communiqué, alimentant le flou autour de l’ampleur exacte du raid.
Les autorités fédérales reprochent aux responsables politiques de Caroline du Nord d’avoir refusé d’exécuter près de 1 400 « demandes de détention » émanant de l’ICE — des requêtes demandant de retenir un suspect jusqu’à 48 heures supplémentaires pour permettre son éventuelle arrestation par les services d’immigration. Ni le bureau du gouverneur ni la police de Charlotte-Mecklenburg n’ont répondu aux sollicitations de Reuters.
Dans la ville, majoritairement démocrate, la réaction a été immédiate. La maire Vi Lyles et plusieurs conseillers municipaux ont exhorté les habitants à demander de l’aide juridique et ont rappelé que la police locale ne participait pas aux opérations fédérales. Ils ont souligné que des raids similaires menés ailleurs avaient conduit à l’arrestation de personnes sans antécédents judiciaires, accentuant la peur au sein des communautés immigrées.
Plus tôt dans la semaine, la députée démocrate Alma Adams avait exprimé sa forte inquiétude quant à l’arrivée d’agents de la patrouille frontalière et de l’ICE à Charlotte. Elle a dénoncé une stratégie d’intimidation ciblant des villes démocrates. Gregory Bovino, haut responsable de la patrouille frontalière à l’origine d’une répression agressive à Chicago, lui a rétorqué que les élus locaux « devraient apprendre la différence entre un étranger illégal et un immigrant ».
Sous l’administration Trump, les demandes de détention émises par l’ICE ont bondi, passant d’environ 400 par jour il y a un an à près de 700 début juin, selon une analyse de Reuters. Dans le même temps, l’exécutif a intensifié les opérations dans les grandes villes gouvernées par les démocrates Chicago, Los Angeles, Washington provoquant des protestations et des accusations d’usage excessif de la force. Une décision d’un juge fédéral à Chicago a d’ailleurs récemment contraint les agents à limiter certaines tactiques controversées et à porter des caméras corporelles.
À Charlotte, une ville cosmopolite et en pleine expansion, les raids de samedi ont ravivé les inquiétudes sur les méthodes fédérales et alimenté un sentiment d’incertitude parmi des milliers de résidents immigrés.