Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane s’apprête à demander une intervention directe de Donald Trump dans le conflit soudanais lors d’un entretien prévu à Washington, selon des sources diplomatiques consultées par Reuters. L’Arabie saoudite voit en l’ancien président américain un acteur capable de débloquer une impasse diplomatique qui dure depuis plus de deux ans et demi, notamment grâce à son image d’artisan de paix récemment renforcée par son implication dans la trêve à Gaza.
Depuis 2023, le Soudan est ravagé par une guerre opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire autrefois alliée au régime, sur fond d’échec de la transition vers un gouvernement civil. Le conflit a provoqué des combats à dimension ethnique, des frappes de drones de plus en plus fréquentes, ainsi que des déplacements massifs de populations, menaçant la stabilité régionale et la partition du pays.
Riyad, qui partage la mer Rouge avec le Soudan, considère la résolution de ce conflit comme un enjeu stratégique de sécurité nationale. Selon plusieurs sources diplomatiques arabes et occidentales, le royaume cherche à mobiliser l’influence personnelle de Trump pour accélérer les pourparlers de paix et pallier l’inefficacité du « processus Quad », une initiative conjointe réunissant les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis.
Mais ce processus est critiqué pour son manque de résultats concrets. Les Émirats arabes unis sont accusés par plusieurs ONG et experts de l’ONU de soutenir activement les FSR, notamment à travers des livraisons d’armes, bien qu’Abou Dhabi ait nié tout appui militaire. En parallèle, Riyad et Le Caire sont plutôt considérés comme favorables à l’armée soudanaise.
Face à cette situation, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a exprimé publiquement sa frustration, exhortant à des avancées tangibles. Il a dénoncé l’inaction de certains membres du Quad, les mettant en garde contre toute instrumentalisation du processus comme alibi diplomatique.
Un cessez-le-feu humanitaire proposé par les États-Unis a été accepté par les FSR au début du mois après de graves accusations de massacres à al-Fashir, mais l’armée soudanaise refuse pour l’instant d’y souscrire, freinant l’acheminement d’une aide humanitaire devenue vitale.
En sollicitant l’intervention de Trump, Riyad tente donc une approche parallèle aux canaux multilatéraux, misant sur la relation personnelle entre les deux dirigeants et sur l’intérêt de l’ancien président pour les dossiers géopolitiques susceptibles de rehausser son image internationale. Reste à savoir si cette démarche suffira à faire bouger les lignes d’un conflit qui a déjà fait des milliers de victimes.