Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dimanche à Manille pour lancer une mobilisation de trois jours organisée par le puissant mouvement religieux Iglesia Ni Cristo, afin d’exiger des comptes dans un scandale massif de corruption lié à des projets de contrôle des inondations. Cette affaire implique de hauts responsables gouvernementaux et plusieurs membres influents du Congrès philippin, selon une enquête en cours.
Le scandale a éclaté après la découverte que des milliers de projets de lutte contre les inondations essentiels dans un pays parmi les plus exposés aux typhons étaient défaillants, inachevés ou totalement fictifs. Lors d’auditions au Sénat et devant une commission d’enquête indépendante, des ingénieurs, des fonctionnaires du ministère des Travaux publics et des dirigeants d’entreprises de construction ont témoigné sous serment que des parlementaires et des responsables publics auraient touché des pots-de-vin pour aider certaines entreprises à obtenir des contrats lucratifs et à échapper à toute responsabilité. La plupart des personnes mises en cause nient les accusations.
La police a estimé qu’environ 130 000 membres d’Iglesia Ni Cristo s’étaient réunis dans le parc Rizal dimanche après-midi, vêtus de blanc et brandissant des pancartes contre la corruption. D’autres organisations prévoyaient une manifestation distincte au monument du « People Power », symbole de la révolte populaire de 1986. Iglesia, qui vote traditionnellement en bloc, reste un acteur politique courtisé lors des élections.
Les autorités ont placé la capitale en état d’alerte maximale, mobilisant des milliers de policiers et de soldats pour encadrer les rassemblements. Cette prudence est alimentée par les violences survenues le 21 septembre, lorsque des manifestants vêtus de noir avaient lancé pierres, bouteilles et cocktails Molotov près du palais présidentiel, blessant plus de 100 policiers. Depuis vendredi, le palais présidentiel est placé sous confinement de sécurité, avec des rues barrées par des forces anti-émeutes, des conteneurs et des barbelés.
Le chef de la police nationale, le lieutenant-général Jose Melencio Nartatez Jr., a ordonné aux forces de l’ordre de faire preuve de « tolérance maximale » lors des manifestations. Cette pression populaire s’exerce alors que le pays vient d’être frappé par deux typhons meurtriers ayant causé au moins 259 morts et provoqué des inondations massives.
Face à l’indignation croissante, le président Ferdinand Marcos Jr. a promis jeudi que de nombreux responsables impliqués seraient en prison « d’ici Noël ». La commission d’enquête qu’il a créée a déjà déposé des plaintes pour corruption et détournement de fonds contre 37 suspects, ainsi que des accusations fiscales contre 86 dirigeants d’entreprises de construction et neuf fonctionnaires, accusés d’avoir éludé près de 9 milliards de pesos (152 millions de dollars).
Parmi les figures citées figurent des alliés comme des opposants de Marcos : Martin Romualdez, ancien président de la Chambre des représentants et cousin du chef de l’État, ainsi que Chiz Escudero, ex-président du Sénat. Tous deux rejettent les accusations. Le sénateur Bong Go, proche de l’ancien président Rodrigo Duterte, est également mis en cause, ce qu’il dément.
L’affaire ravive les tensions politiques dans un pays où l’ancien président Duterte, virulent critique de Marcos, est détenu depuis mars par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité liés à sa guerre antidrogue. Sa fille, l’actuelle vice-présidente, estime que Marcos doit lui aussi être tenu pour responsable pour avoir approuvé le budget national 2025, incluant des milliards pour ces projets contestés.
Dans ce climat trouble, certains partisans pro-Duterte ont appelé l’armée à retirer son soutien au président. Mais le chef d’état-major, le général Romeo Brawner Jr., a fermement rejeté ces appels : « Je peux assurer avec pleine conviction que les forces armées ne prendront aucune mesure contraire à la Constitution. Pas aujourd’hui, pas demain, et certainement pas sous mon commandement. »