Malgré des indicateurs solides, l’économie chinoise donne un sentiment de fragilité durable
Malgré des indicateurs solides, l’économie chinoise donne un sentiment de fragilité durable

À première vue, l’économie chinoise affiche une certaine résilience, portée par des exportations robustes et des avancées notables dans des secteurs de pointe comme l’intelligence artificielle et les technologies avancées. Pourtant, ce tableau macroéconomique contraste fortement avec le ressenti d’une grande partie de la population, confrontée à l’érosion de la valeur immobilière, à l’incertitude de l’emploi et à une baisse du pouvoir d’achat.

Dans les grandes villes, de nombreux petits entrepreneurs décrivent un environnement économique devenu difficile. La consommation reste atone, les ménages limitant leurs dépenses face à la stagnation des revenus et à la chute des prix de l’immobilier. Certains commerçants expliquent ne plus dégager de bénéfices, voire devoir puiser dans leurs économies pour maintenir leur activité et subvenir aux besoins de leur famille.

Cette divergence entre les chiffres officiels et la réalité quotidienne alimente le scepticisme de plusieurs économistes, qui estiment que la croissance réelle pourrait être inférieure aux données publiées. Si Pékin pourrait atteindre son objectif officiel d’environ 5 % de croissance en 2025, de nombreux indicateurs récents montrent un ralentissement, notamment dans la consommation et l’investissement.

La stratégie des autorités chinoises repose désormais sur une transition vers une croissance dite « de haute qualité », misant sur l’innovation, les technologies vertes et l’industrie de pointe. Les exportations demeurent toutefois un pilier essentiel de l’économie, avec des volumes record enregistrés cette année, en particulier vers l’Asie du Sud-Est et l’Europe, compensant le recul des échanges avec les États-Unis.

Mais cette dynamique profite peu aux ménages. Le boom technologique, notamment dans l’IA, a soutenu les marchés financiers sans se traduire par un enrichissement généralisé. Dans le même temps, la croissance du revenu disponible des ménages reste inférieure à son rythme d’avant la pandémie, tandis que les gains liés à l’immobilier, longtemps moteur de l’enrichissement des classes moyennes, se sont presque évaporés.

La crise immobilière demeure le principal point de tension. Depuis leur pic en 2021, les prix des logements ont chuté de 20 % ou plus dans de nombreuses villes, affaiblissant la confiance des consommateurs. Les ventes de logements neufs et l’investissement immobilier continuent de reculer, pesant lourdement sur l’ensemble de l’économie.

Les perspectives à moyen terme restent prudentes. La plupart des analystes anticipent un ralentissement supplémentaire en 2026, en l’absence de réformes structurelles majeures susceptibles de stimuler durablement la consommation. Entre surcapacités industrielles, pressions déflationnistes et tensions commerciales, la Chine apparaît engagée dans une transition longue et incertaine, où la solidité apparente de l’économie masque un malaise profondément ressenti par une large partie de la population.

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