Plus d’un mois après les élections législatives, l’avenir politique de l’Irak reste incertain, alors que les principales forces partisanes négocient en coulisses pour former des alliances et désigner le prochain gouvernement. Le scrutin de novembre n’a dégagé aucun bloc majoritaire, ouvrant la voie à des tractations complexes et potentiellement longues.
Le futur exécutif héritera d’une situation sécuritaire relativement stabilisée, mais devra composer avec un Parlement fragmenté, une influence croissante de factions armées liées aux partis politiques, une économie fragile et des pressions régionales et internationales parfois contradictoires, notamment sur le rôle des groupes armés soutenus par l’Iran.
Le Premier ministre sortant, Mohammed Shia al-Sudani, dont la coalition Reconstruction et Développement est arrivée en tête, a remporté 46 sièges, un score solide mais insuffisant pour gouverner seul. Bien que nominalement rattaché au Cadre de coordination — alliance de partis chiites proches de Téhéran et principal bloc parlementaire — sa reconduction apparaît incertaine. Des analystes estiment que cette coalition pourrait lui préférer un candidat jugé plus malléable politiquement.
Selon le politologue Sajad Jiyad, le Cadre de coordination redoute l’émergence d’un Premier ministre trop autonome, rappelant l’expérience de Nouri al-Maliki, dont la concentration du pouvoir avait provoqué de fortes tensions politiques. Depuis 2003, seul Maliki avait réussi à obtenir un second mandat.
Le paysage parlementaire reflète la fragmentation du pays : les alliances chiites ont obtenu 187 sièges, les partis sunnites 77, les formations kurdes 56, auxquels s’ajoutent des sièges réservés aux minorités. L’absence du courant sadriste de Moqtada Sadr, qui boycotte le processus politique depuis 2021, a profondément modifié l’équilibre des forces, permettant à des partis disposant de branches armées de renforcer leur poids électoral.
Ces groupes affiliés à des milices ont remporté plus de 100 sièges, un record depuis la chute de Saddam Hussein. Cette dynamique renforce les inquiétudes sur la capacité du futur gouvernement à contenir l’influence des Forces de mobilisation populaire, une coalition de milices officiellement intégrée à l’État mais jouissant d’une large autonomie.
Sur le plan institutionnel, le calendrier constitutionnel impose l’élection rapide du président de l’Assemblée, puis du chef de l’État — un poste traditionnellement confié à un Kurde — avant la désignation du Premier ministre, qui devra former son gouvernement dans un délai de 30 jours.
En arrière-plan, les États-Unis tentent de peser sur le processus. Selon des responsables irakiens, Washington aurait mis en garde contre la nomination d’un chef de gouvernement directement lié à une faction armée, appelant également à limiter l’accès des milices aux ministères régaliens et aux postes sécuritaires clés.
Le futur gouvernement devra en outre affronter de lourds défis économiques : une dette publique dépassant 90 000 milliards de dinars, une dépendance persistante au pétrole pour près de 90 % des recettes de l’État et une corruption endémique. Autant de facteurs qui rendent la période actuelle décisive pour la stabilité politique et institutionnelle de l’Irak.