Le gouvernement vénézuélien a mis en place un plan de défense d’urgence fondé sur des tactiques de guérilla et des opérations de sabotage, selon des documents et des sources citées par Reuters. Face à la perspective d’une intervention américaine, Caracas s’appuierait sur un réseau d’unités dispersées et sur des partisans armés pour opposer une résistance prolongée, malgré un manque criant de moyens et de préparation.
Cette stratégie, décrite dans des documents militaires consultés par l’agence, repose sur deux axes : une « guerre de résistance » menée par de petites unités disséminées sur plus de 280 sites, et une possible « anarchisation » du pays en cas d’invasion. Cette dernière impliquerait de semer le chaos dans les rues de Caracas à l’aide de services de renseignement et de milices pro-gouvernementales afin de rendre le pays ingouvernable pour toute force étrangère.
Ce plan défensif reflète la faiblesse de l’armée vénézuélienne, minée par la vétusté de son matériel, des salaires dérisoires et un moral en berne. D’après plusieurs sources proches des forces armées, certains commandants ont dû négocier directement avec des producteurs locaux pour nourrir leurs soldats. Les militaires de base perçoivent environ 100 dollars par mois, alors que le coût d’un panier alimentaire de base dépasse 500 dollars. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais été confrontés à un conflit armé, leur principale expérience se limitant à la gestion des manifestations civiles.
Malgré ces difficultés, le président Nicolás Maduro assure que huit millions de civils sont formés à la défense du pays et promet que le Venezuela « répondra à toute agression par l’unité nationale ». Son ministre de la Défense, Vladimir Padrino, a affirmé mardi que l’armée « ne souhaite pas la guerre », tout en se disant prête à défendre la souveraineté nationale. Les responsables vénézuéliens minimisent la menace américaine, même si les tensions se sont intensifiées depuis les déclarations du président Donald Trump, qui a évoqué la possibilité d’opérations terrestres dans la région.
Les sources militaires consultées par Reuters soulignent toutefois que le pays n’est pas prêt pour une guerre conventionnelle. Le Venezuela dispose d’un arsenal largement obsolète, principalement d’origine russe. Ses avions de chasse Sukhoi, acquis dans les années 2000, « ne font pas le poids face aux B-2 américains », selon un expert en sécurité. Les 5 000 missiles portables Igla déjà déployés sur le territoire sont censés être utilisés dès le premier signe d’attaque, avec l’ordre donné aux unités de se disperser ou de se cacher.
Caracas s’efforce de maintenir ses liens militaires avec Moscou, qui a récemment indiqué être prête à fournir une assistance technique pour réparer les avions Sukhoi et moderniser les systèmes radar. Plusieurs documents de planification militaire, datés entre 2012 et 2022, révèlent une préparation à long terme contre les « agressions impérialistes », détaillant des exercices de survie, de sabotage et d’orientation pour les combattants isolés.
En toile de fond, les accusations de collusion entre l’armée vénézuélienne et les réseaux de narcotrafic persistent. Washington, plusieurs gouvernements latino-américains et des ONG affirment que le régime Maduro entretient des liens avec les trafiquants opérant à la frontière colombienne. Caracas dément et affirme combattre ces groupes.
Pour l’analyste en sécurité Andrei Serbin Pont, le véritable objectif du gouvernement est avant tout dissuasif. « Le message de Maduro n’est pas une démonstration de force militaire réelle, mais une stratégie de dissuasion par le chaos », estime-t-il. « Le pouvoir cherche à faire comprendre qu’une invasion pourrait plonger le Venezuela dans une spirale de violence incontrôlable, entre milices, guérillas et armes disséminées. »