Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, devient ce lundi le premier membre du nouveau gouvernement de coalition à se rendre en Chine, dans un contexte de tensions commerciales croissantes et de perturbations majeures des chaînes d’approvisionnement. Plus de six mois après l’arrivée au pouvoir de la coalition menée par les conservateurs, ce déplacement vise autant à relancer le dialogue avec Pékin qu’à rassurer les milieux politiques et économiques allemands quant à la capacité du gouvernement à gérer une relation bilatérale devenue stratégique et complexe.
La visite intervient après un revers diplomatique : le mois dernier, le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul avait dû annuler son voyage, Pékin ayant refusé la majorité des réunions prévues. Berlin veut désormais montrer qu’il peut de nouveau se faire entendre, alors que le déficit commercial allemand avec la Chine s’est envolé et que les risques liés à la dépendance vis-à-vis des matières premières stratégiques, notamment les terres rares, inquiètent profondément l’industrie.
Klingbeil doit rencontrer le vice-Premier ministre He Lifeng dans le cadre du dialogue financier germano-chinois, accompagné du président de la Bundesbank Joachim Nagel et d’une délégation restreinte de représentants du secteur bancaire et assurantiel. Les autorités allemandes insistent sur l’importance d’aborder les restrictions chinoises sur les terres rares, mais le voyage revêt tout autant une dimension politique intérieure : démontrer que la coalition peut reprendre la maîtrise de sa politique chinoise après plusieurs mois d’attentisme.
La guerre commerciale menée par le président américain Donald Trump a aggravé la situation pour l’Allemagne, freinant ses exportations, détournant vers l’Europe des volumes croissants de produits chinois frappés de droits de douane aux États-Unis, et faisant ressurgir des craintes quant à la vulnérabilité de secteurs clés comme l’automobile et les semi-conducteurs. Les récentes tensions autour de l’entreprise néerlandaise Nexperia et les nouvelles restrictions chinoises sur les terres rares ont renforcé l’urgence d’une réponse coordonnée.
En Allemagne, les appels se multiplient pour revoir en profondeur la politique envers Pékin. Des responsables politiques et économiques estiment que les gouvernements précédents ont laissé le pays devenir trop dépendant de la Chine, à la fois comme débouché pour ses exportations industrielles et comme fournisseur de matériaux critiques. Une commission d’experts vient d’être nommée par le Parlement pour repenser la stratégie commerciale du pays. « L’exemple de Nexperia doit nous inciter à exiger davantage de transparence », a rappelé Volker Treier, responsable du commerce extérieur à la DIHK.
Le déficit commercial entre les deux pays, lui, atteint des niveaux sans précédent. Sur les huit premiers mois de 2025, il s’élève déjà à 87 milliards d’euros, un record historique selon Germany Trade & Invest. Les exportations allemandes vers la Chine ont chuté de 13,5 %, tandis que les importations chinoises ont bondi de 8,3 %. Les droits de douane américains encouragent en effet les entreprises chinoises à réorienter massivement leurs produits vers l’Europe. « L’Allemagne est particulièrement exposée au risque de surcapacité industrielle chinoise », avertit Jacob Gunter, du think tank Merics.
Après Pékin, Klingbeil se rendra à Shanghai pour rencontrer des dirigeants de PME allemandes, avant de poursuivre sa tournée à Singapour. Une séquence diplomatique destinée à montrer que Berlin veut reprendre l’initiative dans une relation devenue indispensable mais semée d’embûches économiques et géopolitiques.