Le gouvernement fédéral américain reprend ses activités après 43 jours d’interruption, mettant fin à la plus longue paralysie administrative de l’histoire du pays. Cette fermeture a perturbé le trafic aérien, réduit l’aide alimentaire pour les ménages les plus modestes et laissé plus d’un million de fonctionnaires sans salaire pendant plus d’un mois. Malgré cette réouverture, les divisions politiques profondes qui ont conduit à cette crise demeurent intactes.
L’accord de financement adopté ne règle qu’une partie des problèmes. Il contient peu de mécanismes pour limiter la capacité du président Donald Trump à bloquer les dépenses publiques, dans un contexte où son administration conteste régulièrement l’autorité budgétaire du Congrès. Le compromis ne répond pas non plus à la question des subventions de santé arrivant à échéance, élément déclencheur du blocage initié par les sénateurs démocrates. Cette crise a mis en évidence les tensions internes au Parti démocrate, tiraillé entre une base militante favorable à une confrontation frontale avec Trump et des élus modérés conscients de la majorité républicaine au Congrès. Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, fait même face à des appels à la démission.
Environ 1,4 million de fonctionnaires fédéraux commenceront à percevoir leurs arriérés dès samedi, après avoir travaillé sans être payés. L’administration Trump, qui avait menacé de suspendre certains salaires, ne semble pas vouloir aller dans cette direction. Plusieurs milliers d’employés licenciés pendant la fermeture verront également leurs postes rétablis : le gouvernement dispose de cinq jours pour annuler ces mesures. L’accord suspend jusqu’à la fin janvier le vaste plan de réduction des effectifs voulu par Trump, qui vise à supprimer 300 000 postes dans une administration qui en compte 2,2 millions.
Le retour à la normale s’opère aussi dans les transports et les services publics. L’absentéisme des contrôleurs aériens, responsable de milliers d’annulations de vols, recule progressivement. Le Département de la Sécurité intérieure prévoit des primes de 10 000 dollars pour les agents ayant accumulé des heures supplémentaires durant la crise. Le programme d’aide alimentaire SNAP devrait être réapprovisionné d’ici 24 heures, garantissant le maintien des subventions pour 42 millions d’Américains. La Smithsonian Institution rouvrira plusieurs de ses musées dès vendredi, tandis que le zoo national accueillera de nouveau le public lundi.
L’accord ne finance toutefois le gouvernement que jusqu’au 30 janvier, nourrissant la crainte d’une nouvelle fermeture en début d’année prochaine. Politiquement, aucun camp ne ressort gagnant : un sondage Reuters/Ipsos indique que 50 % des Américains attribuent la responsabilité du blocage aux républicains et 47 % aux démocrates. Notable également, le débat sur la dette nationale désormais à 38 000 milliards de dollars est resté absent des discussions, malgré une trajectoire de croissance estimée à 1 800 milliards par an.
Les démocrates ont obtenu la promesse d’un vote au Sénat sur les subventions de santé, sans garantie de maintien. Ils estiment néanmoins avoir mis en lumière un enjeu crucial à un moment où l’inflation et le coût de la vie inquiètent fortement la population. Ces subventions bénéficient à 24 millions d’Américains, essentiellement dans des États républicains. Les républicains, eux, dénoncent une fermeture « inutile » et « dommageable », reprenant les critiques que les démocrates avaient formulées lors des blocages de 2013 et 2019.
Sur le plan économique, l’impact est considérable. L’absence de données publiées par le gouvernement a contraint la Réserve fédérale et les investisseurs à opérer sans repères fiables. Les chiffres du chômage d’octobre pourraient ne jamais être disponibles. Le Bureau du budget du Congrès estime que la fermeture retardera environ 50 milliards de dollars de dépenses et amputera le PIB de 1,5 point de pourcentage, tout en laissant jusqu’à 14 milliards de dollars d’activité irrémédiablement perdus. Par ailleurs, la Small Business Administration signale un retard de 5,3 milliards de dollars de prêts destinés à 10 000 petites entreprises.
La réouverture apporte un soulagement immédiat, mais la menace d’un nouveau blocage demeure, reflétant un système politique toujours profondément fracturé.