Alors que le président ougandais Yoweri Museveni, 81 ans, entame un septième mandat, son fils Muhoozi Kainerugaba apparaît plus que jamais comme le favori pour lui succéder, après avoir renforcé son contrôle sur l’appareil sécuritaire et marginalisé ses opposants.
Chef des forces terrestres de l’armée, Muhoozi Kainerugaba s’est illustré ces derniers mois par un rôle central dans la victoire électorale de son père, selon plusieurs sources. Il est notamment accusé d’avoir ordonné une répression contre l’opposition et d’avoir supervisé une coupure d’Internet durant le scrutin, officiellement pour prévenir des sabotages.
Connu du grand public pour ses publications virulentes sur les réseaux sociaux, Kainerugaba a multiplié les menaces à l’encontre de figures de l’opposition, dont Bobi Wine, qui affirme que l’élection a été truquée. À l’approche du vote, les forces de sécurité ont perturbé des rassemblements de l’opposition, procédé à des arrestations et, dans certains cas, ouvert le feu.
Depuis qu’il a annoncé en 2023 vouloir accéder à la présidence, Kainerugaba a progressivement écarté les critiques au sein du parti au pouvoir et de l’armée. Des officiers rivaux ont été mis à la retraite, tandis que les salaires des soldats ont été relevés afin de s’assurer leur loyauté. Le président Yoweri Museveni n’a jamais désigné publiquement de successeur, se contentant d’affirmer que cette décision relèverait de son parti.
Cette perspective d’une transmission de pouvoir de père en fils suscite toutefois des inquiétudes. Dans ce pays d’Afrique de l’Est, longtemps marqué par une relative stabilité, une succession dynastique pourrait provoquer de fortes tensions politiques et sociales. Plusieurs responsables politiques chevronnés du parti au pouvoir ont exprimé, en privé, leur malaise face à cette éventualité.
En dépit de son image publique agressive, des proches assurent que Kainerugaba se montre plus posé et stratégique en privé. Ses alliés expliquent que nombre de ses déclarations incendiaires relèvent de la provocation ou de l’ironie, une ligne de défense qui peine à convaincre une partie de l’opinion et de l’élite militaire.
Dans les rues de Kampala, où la population est particulièrement jeune, l’idée d’une succession familiale est largement rejetée. Beaucoup estiment que l’Ouganda n’est pas une monarchie et que l’avenir du pays ne devrait pas se décider au sein d’une seule famille, malgré la puissance politique et militaire désormais concentrée autour du fils du président.