Deux nouveaux rapports alertent sur l’ampleur des dégâts que le changement climatique inflige aux systèmes d’eau et d’électricité en Asie, mettant des millions de personnes en danger et forçant les gouvernements à investir massivement pour éviter un effondrement de services essentiels. L’Asian Development Bank estime à 4 000 milliards de dollars les besoins en eau et assainissement entre 2025 et 2040, tandis que les réseaux électriques du continent pourraient perdre plus de 8 milliards de dollars par an d’ici 2050 en raison d’événements climatiques extrêmes.
Des infrastructures sous pression et un manque criant d’investissements
Les catastrophes hydriques se multiplient dans toute la région alors que les financements restent insuffisants. L’ADB rappelle que plus de 4 milliards de personnes en Asie demeurent exposées à une eau insalubre, à des écosystèmes dégradés et à des risques climatiques croissants. Entre 2013 et 2023, l’Asie Pacifique a subi 244 inondations majeures, plus de cent épisodes de sécheresse et autant de tempêtes violentes, sapant des décennies de développement. Malgré les avancées de certains pays, notamment en zone rurale, près de 150 milliards de dollars manquent chaque année pour répondre aux besoins en eau et assainissement. Les auteurs du rapport avertissent que la région fait face à un triple défi, mêlant pression environnementale, faibles investissements et impacts accélérés du réchauffement.
Ces risques se manifestent déjà de façon aiguë. Au Vietnam, le typhon Kalmaegi a récemment détruit des lignes électriques et submergé des quartiers entiers, contraignant des habitants à se réfugier dans des centres commerciaux encore alimentés. Pour les experts, cette vulnérabilité met en lumière l’urgence de moderniser des infrastructures vieillissantes tout en les protégeant contre les événements extrêmes. Des millions de personnes restent dépendantes de réseaux fragiles et souvent exposés aux intempéries.
Le secteur énergétique asiatique, responsable de 60% de la capacité de production mondiale, apparaît lui aussi gravement menacé. Selon l’étude menée par l’Asia Investor Group on Climate Change et le MSCI Institute, la chaleur extrême deviendra la première source de pertes pour les sociétés électriques d’ici 2050, en réduisant l’efficacité des centrales et en saturant les réseaux. Les grands opérateurs en Inde, en Indonésie et en Malaisie figurent parmi les plus exposés. Les baisses de débit fluvial, essentielles au refroidissement des centrales thermiques et au fonctionnement des barrages, ainsi que les inondations côtières aggravent encore ces risques.
Malgré l’ampleur du danger, peu d’entreprises disposent de plans d’adaptation solides et clairement financés. Seule une poignée d’entre elles évaluent l’impact futur du climat sur leurs coûts ou leurs revenus, et rares sont celles qui analysent les risques au niveau de chaque installation. Des scientifiques estiment que les aléas climatiques deviennent si imprévisibles qu’ils rendent l’assurance et la planification financière de plus en plus complexes. Les investissements pourraient cependant se diriger vers des acteurs régionaux moins exigeants en matière de critères environnementaux, au détriment de la durabilité.
L’avenir de l’Asie dépendra de sa capacité à combler les lacunes de financement et à repenser ses infrastructures. Les experts soulignent que les trois prochaines décennies verront se construire autant d’équipements qu’au cours des deux derniers siècles, un défi colossal mais aussi une occasion unique d’intégrer la résilience climatique au cœur du développement.