L’armée syrienne a poursuivi samedi son avancée dans le nord du pays, en territoire contrôlé par les forces kurdes, malgré les appels lancés par les États-Unis pour qu’elle suspende ses opérations. Selon les médias d’État, les troupes gouvernementales ont pris le contrôle de la ville de Tabqa ainsi que de son barrage stratégique, à l’ouest de Raqqa, et du barrage de la Liberté, anciennement connu sous le nom de barrage Baath.
Les autorités kurdes syriennes n’ont pas confirmé la perte de ces positions, et la situation sur le terrain restait incertaine, des combats pouvant encore être en cours. Ces derniers jours, l’armée syrienne s’était massée autour de villages situés à l’ouest de l’Euphrate, exigeant le redéploiement des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, vers la rive orientale du fleuve.
Les FDS ont annoncé s’être retirées de certaines zones tôt samedi en signe de bonne volonté, conformément à un accord de retrait destiné à éviter une escalade majeure. Elles ont toutefois accusé les forces gouvernementales d’avoir violé cet accord en poursuivant leur progression vers l’est, notamment en direction de villes et de champs pétrolifères qui, selon elles, n’étaient pas concernés par les termes initiaux.
Le commandant du Commandement central de l’armée américaine, le général Brad Cooper, a appelé publiquement les troupes syriennes à cesser toute action offensive dans la zone comprise entre Alep et Tabqa. Washington tente de contenir l’escalade alors que des avions de la coalition dirigée par les États-Unis ont survolé les zones de tension, tirant des fusées éclairantes d’avertissement, selon une source sécuritaire syrienne.
Dans certaines localités, l’arrivée des troupes gouvernementales a été accueillie favorablement par une partie de la population arabe. À Deir Hafer, ville reprise sans affrontements majeurs après le retrait des FDS, des habitants ont exprimé leur soulagement. « Il y a déjà eu assez de sang versé dans ce pays. Les gens sont épuisés », a déclaré à Reuters Hussein al-Khalaf, résident de la ville.
La Compagnie pétrolière syrienne a annoncé que les champs pétrolifères voisins de Rasafa et de Sufyan étaient désormais sous contrôle de l’armée et pourraient être remis en exploitation. Les principaux gisements de pétrole et de gaz de l’est du pays demeurent toutefois aux mains des autorités kurdes, dans des zones à majorité arabe où les tensions restent vives.
Face à la détérioration de la situation, l’envoyé américain Tom Barrack s’est rendu à Erbil, dans le nord de l’Irak, pour rencontrer le chef des FDS, Mazloum Abdi, ainsi que le dirigeant kurde irakien Massoud Barzani, selon des sources kurdes. Cette médiation intervient alors que les combats accentuent le fossé entre le gouvernement du président syrien Ahmed al-Charia, qui promet de réunifier le pays après quatorze années de guerre, et les autorités kurdes locales, méfiantes à l’égard de son administration à orientation islamiste.
Malgré des mois de négociations visant à intégrer les structures kurdes aux institutions de l’État syrien d’ici la fin de l’année, l’expiration des délais fixés par Damas a ravivé les affrontements. Les récents combats, combinés aux souvenirs encore vifs de violences sectaires meurtrières l’an dernier, nourrissent les craintes d’une nouvelle phase d’instabilité durable dans le nord et l’est de la Syrie.