La violence des colons dans la vallée du Jourdain pousse des familles palestiniennes à quitter l’un des derniers villages encore habités
La violence des colons dans la vallée du Jourdain pousse des familles palestiniennes à quitter l’un des derniers villages encore habités

Plusieurs dizaines de familles palestiniennes ont fui ces derniers jours le village bédouin de Ras Ein el-Auja, dans le centre de la Cisjordanie occupée, affirmant que les pressions et intimidations exercées par des colons israéliens installés dans des avant-postes voisins sont devenues intenables. Selon des organisations de défense des droits humains, au moins 26 familles ont déjà quitté les lieux, tandis que d’autres s’apprêtaient à partir.

Le village comptait jusqu’ici environ 700 habitants issus de plus d’une centaine de familles établies depuis des décennies. Des résidents témoignent de passages quotidiens de colons à pied, à cheval ou en tracteur, pénétrant dans les habitations, laissant paître leurs troupeaux à proximité immédiate des maisons et suscitant un climat de peur permanent, en particulier pour les femmes et les enfants.

Ras Ein el-Auja se situe dans une zone stratégique s’étendant de Ramallah à Jéricho, le long de la vallée du Jourdain, un corridor qui a vu disparaître ces dernières années plusieurs hameaux palestiniens sous l’effet de la violence des colons. Cette région relève de la zone dite « C », soit environ 60 % de la Cisjordanie, restée sous contrôle total d’Israël depuis les accords intérimaires des années 1990.

Selon l’ONG israélienne B’Tselem, plus de 2 000 Palestiniens, représentant au moins 44 communautés entières, ont été déplacés de force dans cette zone depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas en octobre 2023. L’installation, en décembre dernier, d’un avant-poste de colons à quelques dizaines de mètres des maisons de Ras Ein el-Auja aurait marqué un tournant, avec une intensification des intrusions nocturnes, des vols de bétail et des actes de harcèlement.

Les habitants affirment solliciter régulièrement l’aide de la police et de l’armée israéliennes, sans réponse effective. Des militants et observateurs internationaux ont dû escorter les enfants sur le chemin de l’école pour tenter d’assurer leur sécurité. Des organisations internationales alertent sur le rôle croissant d’avant-postes non autorisés, souvent utilisés pour s’approprier des terres, et sur l’impact durable de cette dynamique sur la carte de la Cisjordanie.

Aujourd’hui, les familles déplacées se dispersent entre d’autres villages proches de Jéricho ou vers le sud, près d’Hébron. Certaines ont vendu leur bétail et tentent de s’installer en zone urbaine, tandis que d’autres démontent simplement leurs habitations sans savoir où aller. « Il n’y a nulle part où aller, nous sommes éparpillés », confie un habitant. « La situation des gens est très mauvaise. »

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