Le Teatro alla Scala de Milan inaugure dimanche sa prestigieuse saison avec Lady Macbeth de Mtsensk de Dmitri Chostakovitch, marquant la deuxième ouverture consécutive avec un opéra russe depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Cette année, aucune mobilisation ukrainienne n’est annoncée, mais une action symbolique du parti +Europa doit appeler à la paix et à la défense de la démocratie européenne.
Riccardo Chailly dirigera l’opéra de 1934, œuvre violemment censurée par Staline après sa création. Le choix de cette pièce, qui dénonce l’oppression et les abus de pouvoir, est défendu par les responsables de La Scala, qui estiment que la musique dépasse les conflits idéologiques et que la culture russe ne doit pas être réduite aux actions du Kremlin.
La soprano américaine Sara Jakubiak fait ses débuts à La Scala dans le rôle éprouvant de Katerina, marqué par une forte intensité émotionnelle et des exigences vocales extrêmes. Elle dit se sentir en phase avec le travail minutieux de Chailly, malgré la difficulté du rôle qu’elle avait déjà interprété à Barcelone.
Le metteur en scène russe Vasily Barkhatov transpose l’histoire dans les années 1950, à la fin de l’ère stalinienne, situant l’action dans un restaurant Art déco transformé selon les scènes en cuisine, cave ou salle d’interrogatoire. Pour lui, l’opéra reste avant tout une tragédie personnelle, malgré son contexte politique. Il décrit l’œuvre comme une quête impossible de liberté : « Beaucoup de gens meurent sur le chemin du bonheur et de la liberté. »
Avec cette mise en scène et ce choix artistique, La Scala assume pleinement sa volonté de défendre l’art, indépendamment des tensions géopolitiques, et d’affirmer que les œuvres russes appartiennent à un patrimoine culturel qui dépasse toute conjoncture politique.