Carlos Mazon, ancien président de la région espagnole de Valence, a été entendu lundi pendant plusieurs heures par une commission parlementaire à Madrid, dans le cadre de l’enquête sur la gestion des inondations catastrophiques du 29 octobre 2024. Ces crues soudaines, parmi les plus meurtrières que l’Espagne ait connues, ont causé la mort de 229 personnes et des milliards d’euros de dégâts matériels. Mazon, qui a démissionné le 3 novembre dernier sous la pression de l’ensemble de la classe politique, reste au centre de violentes critiques.
Face aux députés et aux proches des victimes, massés devant le Parlement avec des pancartes et des portraits, Mazon a affirmé que « personne n’était conscient de l’ampleur du problème » au moment où les inondations ont frappé. Il a réfuté toute responsabilité directe dans les décès, arguant de l’imprévisibilité de la catastrophe et d’un manque d’informations précises au moment crucial. Des propos qui n’ont pas convaincu plusieurs parlementaires, qui l’ont accusé d’inaction, voire d’avoir dissimulé une partie de son emploi du temps.
L’ancien dirigeant régional, membre du Parti Populaire (PP), n’a pas fourni de détails nouveaux sur le déroulement de la journée du 29 octobre, ni sur les circonstances entourant un déjeuner prolongé avec un journaliste local, ni sur la période de 45 minutes pendant laquelle ses gardes du corps étaient absents, alors que les services d’urgence tentaient de le joindre. « Je ne peux pas être précis quant aux horaires exacts », a-t-il simplement déclaré, ajoutant que son retour anticipé à la cellule de crise « n’aurait rien changé ».
Un point de tension particulier a porté sur l’alerte aux inondations, transmise aux résidents via téléphone portable plusieurs heures après le début du drame. Mazon a nié toute responsabilité directe dans l’émission de ce message, une position vivement critiquée par les députés de la coalition gouvernementale, qui l’ont accusé d’avoir négligé les mesures préventives élémentaires, comme la fermeture des écoles ou l’évacuation des maisons de retraite.
La gauche radicale et les indépendantistes catalans ont fustigé la gestion de Mazon, certains allant jusqu’à réclamer sa mise en détention. Gabriel Rufián, porte-parole de l’ERC, a brandi des photos de victimes en l’exhortant à « payer pour tout ce qu’il a fait » et à présenter des excuses publiques. Idoia Sagastizabal, du PNV basque, a dénoncé les incohérences répétées dans ses déclarations.
Accusé de mauvaise gestion des fonds de reconstruction et de négligences graves, Mazon a une nouvelle fois tenté de renvoyer la balle au gouvernement central, qu’il accuse de ne pas avoir apporté un soutien suffisant. Lors de sa démission début novembre, il avait reconnu avoir commis des erreurs, ajoutant qu’il devrait « vivre avec elles pour le restant de ses jours ».
Le nom de son successeur n’a pas encore été officialisé, mais il devrait être désigné par le Parti Populaire dans les prochains jours. Pendant ce temps, l’émotion reste vive à Valence, où de nombreuses familles attendent toujours des réponses et des réparations.