Immigration en Europe : Pedro Sánchez fait cavalier seul face au durcissement général des dirigeants de l’UE
Immigration en Europe : Pedro Sánchez fait cavalier seul face au durcissement général des dirigeants de l’UE

Alors que de nombreux dirigeants européens adoptent un discours de plus en plus ferme sur l’immigration, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez se distingue par une défense assumée de l’accueil des migrants. Dans un contexte marqué par la montée des partis d’extrême droite et par des mises en garde venues des États-Unis appelant l’Europe à renforcer ses frontières, le chef du gouvernement espagnol continue de vanter les bénéfices économiques et sociaux de l’immigration légale pour la quatrième économie de la zone euro.

Ces dernières années, l’Espagne a accueilli des millions de personnes venues d’Amérique latine et d’Afrique. Pedro Sánchez répète que le pays doit choisir entre « être un pays ouvert et prospère ou fermé et pauvre ». Une ligne qu’il estime payante : l’économie espagnole a enregistré la croissance la plus rapide de l’Union européenne pour la deuxième année consécutive, en partie grâce à l’apport de nouveaux travailleurs venant soutenir une population vieillissante. Après des violences anti-migrants dans une ville du sud du pays l’été dernier, il affirmait déjà que la situation économique du pays devait beaucoup aux migrants venus y construire leur vie.

Cette approche s’inscrit dans la continuité des gouvernements progressistes espagnols, mais tranche avec l’évolution observée ailleurs en Europe. Selon des spécialistes des politiques migratoires, le débat s’est radicalisé en Espagne sous l’influence du parti d’extrême droite Vox, particulièrement virulent à l’égard des immigrés musulmans. Contrairement à d’autres dirigeants européens, Pedro Sánchez choisit de s’opposer frontalement à cette rhétorique, tandis que des responsables centristes, notamment en France et en Allemagne, durcissent leur discours et leurs politiques sous la pression électorale.

En Espagne même, la ligne pro-immigration du gouvernement n’est pas sans difficultés politiques. Une réforme adoptée l’an dernier pour faciliter l’obtention de permis de séjour et de travail à des centaines de milliers de migrants en situation irrégulière a suscité de vives critiques. Une proposition d’amnistie plus large, pourtant soutenue par l’exécutif, est restée bloquée au Parlement. Les chercheurs soulignent que le contexte européen, de plus en plus restrictif, pèse lourdement sur ces débats internes.

Parallèlement, Madrid a renforcé, avec l’appui de l’Union européenne, sa coopération avec plusieurs pays africains afin de limiter les arrivées par la mer. Ces mesures, notamment des aides financières à des États comme la Mauritanie, ont contribué à une baisse de 60 % des arrivées aux Canaries cette année. Si le gouvernement met en avant l’efficacité de cette stratégie, des organisations de défense des droits humains dénoncent les conséquences humaines de ces politiques, rappelant notamment les décès survenus lors d’affrontements à la frontière de l’enclave espagnole de Melilla en 2022, une gestion alors défendue par Pedro Sánchez.

L’Espagne compte aujourd’hui plusieurs millions de migrants latino-américains, souvent mieux intégrés grâce à la langue commune et à des procédures accélérées d’accès à la nationalité. Les autorités estiment toutefois que le pays aura besoin de près de 24 millions de travailleurs immigrés supplémentaires au cours des trente prochaines années pour maintenir l’équilibre entre actifs et retraités. Une dynamique qui alimente aussi les tensions sur le marché immobilier, de plus en plus inaccessible, poussant le gouvernement à promettre davantage de constructions, notamment de logements publics, et à envisager des mesures contre l’achat de résidences secondaires par des étrangers fortunés.

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