Haïti au bord du vide politique : l’ONU promet des renforts militaires face à l’emprise des gangs AP
Haïti au bord du vide politique : l’ONU promet des renforts militaires face à l’emprise des gangs

L’Organisation des Nations unies a annoncé jeudi l’envoi de renforts militaires en Haïti, alors que le pays traverse une nouvelle phase de turbulences politiques et sécuritaires. La force soutenue par l’ONU, déployée pour appuyer la police haïtienne contre des gangs lourdement armés, devrait commencer à recevoir des troupes supplémentaires dès avril et atteindre son effectif complet d’ici l’été.

Cette annonce intervient à l’approche d’une date cruciale, le 7 février, marquant la fin du mandat du gouvernement de transition sans qu’aucun plan de gouvernance n’ait été officiellement arrêté pour la suite. L’envoyé spécial de l’ONU pour Haïti, Carlos Ruiz, a indiqué que la force internationale devrait compter environ 5 500 hommes à terme, sans préciser l’origine exacte des futurs contingents.

Environ 1 000 policiers étrangers, majoritairement kényans, sont actuellement déployés dans le pays. Leur arrivée, amorcée en juin 2024, a été marquée par des retards et un manque de financements, tandis que les gangs ont continué d’étendre leur contrôle, notamment à Port-au-Prince et dans plusieurs régions rurales. Ces groupes criminels, dont le nombre est estimé à un niveau comparable à celui des forces de police nationales, disposent d’armes souvent introduites clandestinement depuis les États-Unis.

Sur le plan politique, la situation reste explosive. Selon la presse locale, une majorité de membres du Conseil présidentiel de transition aurait tenté de destituer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à quelques jours de la fin du mandat du conseil. Aucune confirmation officielle n’a été donnée, mais une telle initiative constituerait la deuxième éviction d’un chef de gouvernement depuis la mise en place du CPT en 2024.

Carlos Ruiz a mis en garde contre de nouvelles luttes internes, estimant que « le pays ne peut se permettre de nouveaux affrontements » et appelant les autorités actuelles à agir dans l’intérêt national durant les semaines restantes. En l’absence d’accord politique, a-t-il rappelé, la Constitution prévoit que le Premier ministre demeure en fonction, afin de garantir un minimum de stabilité institutionnelle.

À l’étranger, les réactions se sont multipliées. Le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau a averti que toute manœuvre jugée déstabilisatrice profiterait aux gangs et entraînerait des conséquences. Washington a durci le ton, accusant certains responsables haïtiens de collusion avec des groupes armés, tandis que le Canada a également menacé de mesures contre tout acteur compromettant la sécurité du pays.

Depuis plusieurs années, Haïti s’enfonce dans une crise profonde, marquée par des massacres, des enlèvements et des déplacements massifs de population. Environ 1,4 million de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile. Malgré la promesse de renforts internationaux, l’avenir immédiat du pays reste suspendu à une fragile équation entre sécurité, transition politique et volonté réelle de rompre avec l’alliance historique entre pouvoir et gangs.

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