Le débat sur les pouvoirs de guerre s’intensifie à Washington après que le président Donald Trump a ordonné des frappes contre l’Iran sans autorisation formelle du Congrès. Des élus des deux chambres exigent désormais un vote rapide sur une résolution visant à limiter l’action militaire de l’exécutif, estimant que l’opération pourrait être illégale et entraîner les États-Unis dans un conflit prolongé au Moyen-Orient.
Au Sénat comme à la Chambre des représentants, où les républicains disposent d’une majorité étroite, des projets de résolution sur les pouvoirs de guerre avaient été préparés avant même les frappes de samedi. Le sénateur démocrate Tim Kaine, figure d’un effort bipartisan, a qualifié les attaques de « colossale erreur », interrogeant : « Le président Trump n’a-t-il rien appris des décennies d’ingérences américaines en Iran et des guerres sans fin au Moyen-Orient ? »
À la Chambre, le démocrate Ro Khanna et le républicain Thomas Massie réclament un vote public dès lundi. « Le Congrès doit se réunir pour voter afin d’arrêter cela », a déclaré Khanna, tandis que Massie a estimé que l’opération ne correspondait pas au slogan présidentiel « America First ». Toutefois, de nombreux républicains, notamment parmi les dirigeants du parti, soutiennent la décision de Trump, invoquant les programmes nucléaire et balistique iraniens comme justification d’une action militaire.
La controverse met à l’épreuve la séparation constitutionnelle des pouvoirs. Si le président dispose, en tant que commandant en chef, d’une autorité pour mener certaines opérations militaires, la Constitution confère au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre. Contrairement à l’invasion de l’Irak en 2003, qui avait fait l’objet d’un vote, aucune autorisation spécifique n’a été sollicitée pour les frappes contre l’Iran. Même si une résolution était adoptée, elle resterait largement symbolique : le président pourrait y opposer son veto, et le Congrès ne disposerait probablement pas de la majorité qualifiée pour le renverser.
Les chefs républicains du Congrès ont défendu l’opération. Le président de la Chambre, Mike Johnson, a évoqué « les graves conséquences des actes maléfiques » de l’Iran, tandis que le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a salué la décision présidentielle visant à « contrecarrer ces menaces ». Ils ont indiqué avoir été informés en amont de la possibilité d’une action militaire.
Les démocrates, eux, dénoncent une violation des prérogatives du Congrès. Le sénateur Chris Van Hollen a parlé d’une « guerre illégale de changement de régime », tandis que le chef de la minorité à la Chambre, Hakeem Jeffries, a affirmé que toute utilisation préventive de la force constituant un acte de guerre devait être autorisée par le Congrès. Le sénateur Chuck Schumer a réclamé un briefing immédiat, soulignant que si l’Iran ne devait jamais obtenir l’arme nucléaire, « le peuple américain ne veut pas d’une nouvelle guerre interminable et coûteuse ».
Alors que les frappes se poursuivent et que les tensions régionales s’aggravent, le débat au Capitole pourrait devenir un test politique majeur sur les limites du pouvoir présidentiel en matière militaire — et sur la volonté du Congrès d’exercer son rôle constitutionnel en temps de crise.