Face à la pénurie de main-d’œuvre, la Thaïlande autorise des milliers de réfugiés birmans à travailler légalement (AP)
Face à la pénurie de main-d’œuvre, la Thaïlande autorise des milliers de réfugiés birmans à travailler légalement (AP)

Dans l’est de la Thaïlande, Tun Min Lat, réfugié birman de 42 ans, cueille des longanes sous la chaleur étouffante d’un matin de novembre. Pour la première fois depuis son arrivée dans le pays il y a près de vingt ans, il travaille légalement dans un verger de la province de Chanthaburi. Cette évolution majeure est rendue possible par une décision du gouvernement thaïlandais, qui a annoncé fin août que des milliers de réfugiés birmans vivant dans les neuf camps frontaliers seraient désormais autorisés à obtenir un permis de travail.

Cette mesure, saluée par les Nations unies comme une « étape historique », concerne plus de 80 000 réfugiés birmans établis depuis parfois des décennies le long de la frontière thaïlando-birmane. Elle intervient dans un contexte de pénurie aiguë de main-d’œuvre, provoquée notamment par les affrontements frontaliers de juillet entre la Thaïlande et le Cambodge. Ces tensions ont poussé des dizaines de milliers de travailleurs cambodgiens à rentrer précipitamment chez eux, laissant usines, exploitations agricoles et chantiers de construction confrontés à d’importants sous-effectifs dans la deuxième économie d’Asie du Sud-Est.

Avant ces combats, environ 520 000 Cambodgiens — soit environ 12 % de la main-d’œuvre totale — travaillaient en Thaïlande, selon le ministère du Travail. Pour répondre à l’urgence, les autorités ont donc décidé d’ouvrir le marché du travail à une partie des réfugiés birmans, dont beaucoup vivent dans des camps depuis les années 1980. Tun Min Lat, sa femme et leur fille aînée font partie des premiers travailleurs à avoir rejoint des plantations ou des usines situées parfois à plusieurs centaines de kilomètres de leur camp d’origine. Leurs deux plus jeunes enfants, restés dans un camp de la province de Kanchanaburi, sont pris en charge par des voisins.

Comme de nombreux réfugiés, Tun Min Lat avait fui le sud du Myanmar en 2006 pour échapper au travail forcé et à la conscription, après la reprise des combats entre l’armée birmane et un puissant groupe armé ethnique. Installé depuis en Thaïlande, il dépendait essentiellement de l’aide humanitaire internationale, une aide qui a été réduite cette année, y compris de la part des États-Unis, aggravant encore la précarité des réfugiés.

Pour les organisations humanitaires, cette ouverture est essentielle pour permettre aux réfugiés de gagner en autonomie. « C’est la première fois qu’ils ont l’occasion de devenir autonomes, peut-être plus indépendants à l’avenir, et de mener une vie plus décente en Thaïlande », explique Leon de Riedmatten, directeur exécutif de The Border Consortium, qui soutient les camps frontaliers. Dans les vergers de Chanthaburi, la femme de Tun Min Lat et d’autres réfugiées préparent les paniers d’emballage tandis que les cueilleurs montent et descendent des échelles de bambou. Le premier jour, leur groupe de cinq travailleurs a gagné environ 1 000 bahts thaïlandais, soit un peu plus de 30 dollars.

Malgré la fatigue et la séparation temporaire de la famille, Tun Min Lat affirme ressentir un profond soulagement. « Même si je suis fatigué et que les membres de notre famille sont séparés, nous sommes toujours heureux », confie-t-il. Pour la première fois depuis deux décennies, il entrevoit la possibilité d’un avenir plus stable, soutenu par un accès légal au travail qui pourrait transformer la vie de milliers de réfugiés comme lui.

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Dans l’est de la Thaïlande, Tun Min Lat, réfugié birman de 42 ans, cueille des longanes sous la chaleur étouffante d’un matin de novembre. Pour la première

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