Les Nations Unies ont annoncé jeudi avoir pris en charge la gestion de vastes camps de détention en Syrie abritant des dizaines de milliers de femmes et d’enfants associés à l’État islamique, après le retrait rapide des forces kurdes qui assuraient leur sécurité depuis plusieurs années. Cette transition intervient dans un contexte de forte instabilité sécuritaire dans le nord-est syrien.
Depuis la chute du « califat » autoproclamé du groupe jihadiste, plus de 10 000 combattants présumés de l’EI, ainsi que des dizaines de milliers de civils liés au groupe, sont détenus dans une douzaine de prisons et de camps jusque-là gardés par les Forces démocratiques syriennes. Mais ces forces ont battu en retraite cette semaine après des affrontements avec les troupes du gouvernement syrien, faisant craindre des évasions et une dégradation rapide des conditions humanitaires.
L’ONU a précisé que les FDS s’étaient retirées mardi du camp d’al-Hol, qui abrite, avec le camp de Roj, environ 28 000 civils, principalement des femmes et des enfants. Parmi eux figurent des Syriens, des Irakiens et quelque 8 500 ressortissants étrangers. Les forces gouvernementales syriennes ont établi un périmètre de sécurité autour du site, tandis que des équipes du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et de l’UNICEF sont arrivées sur place.
Edem Wosornu, haut responsable humanitaire de l’ONU, a indiqué devant le Conseil de sécurité que le HCR, désormais chargé de la gestion des camps, travaillait avec le gouvernement syrien pour rétablir l’acheminement de l’aide humanitaire. Toutefois, l’accès direct aux camps restait limité en raison d’une situation jugée « tendue et instable », avec des informations faisant état de pillages et d’incendies.
Parallèlement, les transferts de détenus se sont accélérés vers l’Irak. L’armée américaine a confirmé le transfert d’environ 150 prisonniers depuis la Syrie, une opération susceptible de concerner à terme jusqu’à 7 000 détenus. Les autorités irakiennes ont indiqué que ces personnes seraient désormais soumises au système judiciaire national, appelant d’autres pays à assumer leur part de responsabilité, notamment en rapatriant leurs ressortissants.
Ces mouvements inquiètent les familles de détenus, en particulier en Europe, où certains redoutent que leurs proches transférés en Irak soient exposés à la peine de mort. Selon des sources judiciaires irakiennes, les prisonniers comprennent majoritairement des Irakiens, mais aussi des ressortissants de plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, la Belgique et le Royaume-Uni.
L’ONU et les États concernés font face à un défi complexe mêlant sécurité internationale, justice et considérations humanitaires. Alors que l’effondrement du dispositif kurde bouleverse l’équilibre précaire mis en place après la défaite territoriale de l’EI, la question du sort à long terme de ces dizaines de milliers de détenus reste largement ouverte.