En Espagne, les conducteurs de train appellent à une grève nationale après des déraillements meurtriers
En Espagne, les conducteurs de train appellent à une grève nationale après des déraillements meurtriers

Le principal syndicat de conducteurs de train en Espagne a appelé à une grève nationale de trois jours, du 9 au 11 février, après une série d’accidents ferroviaires meurtriers qui ont fait des dizaines de morts en l’espace de 48 heures et ravivé les inquiétudes sur l’état des infrastructures.

Le syndicat SEMAF a annoncé cette mobilisation mercredi, affirmant que les récents déraillements constituaient « un tournant » et exigeaient des garanties immédiates en matière de sécurité ferroviaire. Le mouvement social risque de provoquer de fortes perturbations pour les usagers, déjà confrontés à un trafic chaotique et à des liaisons suspendues.

Dimanche, deux trains sont entrés en collision près d’Adamuz, dans la province andalouse de Cordoue, dans l’un des pires accidents ferroviaires qu’ait connus l’Europe ces dernières années. Le bilan s’élève désormais à 43 morts, dont un conducteur, après la découverte d’un nouveau corps lors des opérations de déblaiement. Quelques jours plus tard, mardi, un train de banlieue a déraillé à Gelida, près de Barcelone, après l’effondrement d’un mur de soutènement sur la voie sous l’effet de fortes pluies, tuant le conducteur et blessant grièvement plusieurs passagers.

Un troisième déraillement, survenu également mardi sur le réseau régional de Barcelone sans faire de victimes, a été attribué à la chute d’une pierre sur la voie lors de la même tempête, selon le gestionnaire d’infrastructure Adif.

Le ministre espagnol des Transports, Oscar Puente, a exclu à ce stade une erreur humaine dans l’accident d’Adamuz, tout en reconnaissant que la cause technique restait « très complexe ». Les enquêteurs examinent notamment un lourd élément de machinerie retrouvé près du site, susceptible d’être une pièce manquante du train de roulement. La reprise complète de la liaison Madrid–Andalousie, suspendue depuis dimanche, est prévue pour le 2 février.

Le syndicat SEMAF affirme toutefois avoir alerté dès le mois d’août dernier sur l’état préoccupant de certaines voies à grande vitesse. Dans une lettre adressée à Adif, il évoquait des nids-de-poule, des déformations de la voie et des déséquilibres des lignes électriques aériennes provoquant des pannes fréquentes et des dommages aux trains. « Nous demanderons la responsabilité pénale de ceux qui sont chargés d’assurer la sécurité des infrastructures ferroviaires », a averti le syndicat.

De son côté, le ministre des Transports a estimé qu’une grève générale n’était « pas la meilleure solution » et s’est dit prêt à rencontrer les syndicats. Adif a annoncé l’instauration de nouvelles limitations de vitesse sur plusieurs axes majeurs, notamment entre Madrid et Barcelone ainsi que sur certaines liaisons vers Valence, après des signalements d’usagers et des inspections nocturnes ayant identifié plusieurs points nécessitant des réparations urgentes.

Le trafic régional en Catalogne a par ailleurs été suspendu mercredi afin de permettre des contrôles approfondis des voies après les intempéries. L’opérateur national Renfe a indiqué que des bus de remplacement avaient été mis en place sur certaines lignes, illustrant l’ampleur des perturbations alors que le pays tente de restaurer la confiance dans la sécurité de son réseau ferroviaire.

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