Deux pétroliers considérés comme appartenant à la « flotte fantôme » utilisée par la Russie pour contourner les sanctions ont été touchés et incendiés au large de la côte turque en mer Noire, a indiqué un haut responsable turc. Les autorités affirment que les explosions pourraient avoir été provoquées par des mines, des drones ou des missiles, sans confirmation à ce stade.
Les navires Kairos et Virat ont été frappés à moins d’une heure d’intervalle vendredi en fin d’après-midi, déclenchant d’importantes opérations de secours. L’ensemble des équipages des deux bâtiments a pu être évacué sain et sauf, selon les autorités turques.
Le ministre turc des Transports et des Infrastructures, Abdulkadir Uraloglu, a expliqué que les services de secours avaient d’abord reçu un signal indiquant que le Kairos aurait touché une mine avant qu’une explosion ne soit signalée sur le Virat.
Selon lui, les premières indications pointent vers une « interférence extérieure ». Il a évoqué plusieurs hypothèses : mine, missile, drone ou embarcation marine explosive. « Nous n’avons pour l’instant aucune information définitive », a-t-il précisé.
Les deux pétroliers sont répertoriés par la base de données OpenSanctions comme faisant partie de la flotte utilisée pour contourner les sanctions imposées à Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. Cette flotte opère souvent sous pavillon de pays tiers et recourt à des pratiques maritimes jugées à haut risque, notamment la désactivation de ses systèmes d’identification automatique.
Le Kairos, battant pavillon gambien, a pris feu à environ 28 milles nautiques des côtes de la province turque de Kocaeli alors qu’il naviguait à vide vers le port russe de Novorossiisk. Moins d’une heure plus tard, les autorités maritimes turques ont annoncé que le Virat avait à son tour été « frappé » à environ 35 milles nautiques du littoral. Une épaisse fumée a été observée dans la salle des machines du Virat, mais aucun blessé n’a été signalé.
Les 25 membres d’équipage du Kairos ont été évacués, tout comme les 20 marins du Virat. Les deux navires avaient déjà été sanctionnés par les États-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada et la Suisse au cours de l’année.
OpenSanctions décrit cette flotte parallèle comme une source majeure de revenus pour Moscou, capable de générer des milliards en contournant les restrictions internationales grâce à des montages complexes visant à dissimuler les propriétaires et les destinations des cargaisons, tout en présentant des risques environnementaux considérables.
L’Ukraine a déjà mené des attaques navales au moyen de drones explosifs dans la partie nord de la mer Noire, ciblant des bâtiments militaires ou logistiques russes. Toutefois, les opérations ukrainiennes documentées se sont jusqu’ici concentrées sur des zones plus proches du littoral ukrainien.
Le Virat, construit en 2018, a déjà navigué sous les pavillons de plusieurs pays — Barbade, Comores, Liberia, Panama — et est connu pour ses pratiques maritimes « irrégulières ». Le Kairos, plus ancien, construit en 2002, a également changé à plusieurs reprises de pavillon.
Selon les renseignements militaires ukrainiens, les deux navires fréquentent régulièrement les ports russes et ont à de nombreuses reprises coupé leur transpondeur, une pratique courante chez les navires impliqués dans le contournement des sanctions.
Les deux pétroliers ont également fait escale en Chine, en Turquie et en Inde au cours des dernières années.