Dans la nuit du 28 octobre, une vaste opération policière menée dans plusieurs favelas de Rio de Janeiro a tourné à la tragédie, devenant la plus meurtrière jamais enregistrée au Brésil. Présentée par les autorités comme un succès majeur contre le narcotrafic, l’intervention a laissé derrière elle des dizaines de morts et une population sous le choc.
Peu après minuit, des policiers engagés dans l’opération ont été confrontés à une vingtaine d’hommes armés circulant à moto et tentant de fuir la favela d’Alemão, l’un des bastions du gang Comando Vermelho. Une fusillade a éclaté. Deux suspects ont été touchés et, alors qu’ils agonisaient, ont affirmé que le groupe avait été informé de l’arrivée imminente de la police et cherchait à s’échapper, selon un rapport consulté par Reuters.
Ce premier échange de tirs a marqué le début d’une spirale de violence qui s’est étendue sur plusieurs heures, touchant notamment le complexe de Penha. Des images aériennes filmées par drone montrent, au lever du jour, des habitants rassemblés autour de corps étendus dans les ruelles, illustrant l’ampleur du drame humain laissé par l’opération.
Les autorités brésiliennes ont rapidement salué l’intervention, affirmant qu’elle avait porté un coup sévère aux réseaux criminels et promis de répéter ce type d’actions. Mais une analyse approfondie menée par Reuters, s’appuyant sur les dépositions de huit officiers supérieurs, des témoignages d’habitants, des rapports internes et des vidéos, brosse un tableau bien plus sombre.
Selon ces éléments, la coordination entre les unités engagées aurait été défaillante, contribuant à des affrontements chaotiques dans des zones densément peuplées. Des témoins ont décrit des échanges de tirs nourris à proximité immédiate d’habitations, tandis que des vidéos suggèrent que certaines victimes auraient été atteintes alors qu’elles tentaient de se mettre à l’abri.
Au-delà du bilan humain, l’opération relance un débat récurrent au Brésil sur les méthodes policières dans les favelas. Les défenseurs des droits humains dénoncent une logique de guerre qui expose les civils à des risques extrêmes et alimente la défiance envers l’État, tandis que les forces de sécurité estiment agir dans un contexte de violence armée où les gangs disposent d’un arsenal lourd.
Alors que le gouvernement promet de poursuivre ces raids, les conclusions de l’enquête de Reuters soulignent les limites et les dangers d’opérations de grande ampleur menées sans garanties suffisantes pour la protection des populations locales. Pour de nombreux habitants de Rio, ce raid restera avant tout comme un bain de sang, symbole d’un affrontement sans fin entre l’État et le crime organisé.