Comment des entraînements violents dans les académies de police sont liés à des morts et des blessures aux États-Unis
Comment des entraînements violents dans les académies de police sont liés à des morts et des blessures aux États-Unis

Des coups répétés, des projections au sol, des combats simulés poussés à l’extrême : ce type d’exercices, longtemps considérés comme un passage obligé dans la formation policière américaine, se retrouve aujourd’hui au cœur de vives controverses. Une enquête de l’Associated Press révèle que ces entraînements dits de « tactiques défensives » ont été associés, depuis 2005, à au moins une douzaine de décès et à des centaines de blessures, parfois irréversibles.

L’un des épisodes les plus récents s’est déroulé en décembre 2024 à l’académie des gardes-chasse du Texas. Lors d’un exercice de mise en situation, des recrues ont été frappées et plaquées au sol par des instructeurs jouant le rôle d’agresseurs. À la fin de la journée, au moins 13 cadets déclaraient des blessures : commotions cérébrales, fractures, lésions au genou, certaines nécessitant une intervention chirurgicale. Malgré cela, une enquête de l’État a conclu que l’exercice respectait les règles en vigueur.

Ces entraînements, souvent surnommés « RedMan » en référence aux combinaisons de protection portées par les instructeurs, sont censés apprendre aux futures forces de l’ordre à prendre des décisions sous un stress physique et mental intense. Les partisans estiment qu’ils développent la résilience et les réflexes nécessaires face à des suspects violents. Mais leurs détracteurs dénoncent des pratiques proches du bizutage, susceptibles de provoquer des traumatismes durables.

Les formes de ces exercices varient selon les académies : combats successifs contre plusieurs instructeurs, affrontements contre des adversaires volontairement plus grands ou plus puissants, ou encore simulations prolongées jusqu’à l’épuisement. Il n’existe toutefois pas de normes nationales uniformes encadrant ces pratiques, notamment sur la présence obligatoire de personnel médical ou sur les limites physiques à ne pas dépasser.

Plusieurs drames ont récemment attiré l’attention sur ces méthodes. À San Francisco, un cadet est décédé après un exercice intensif ayant entraîné de graves lésions musculaires et organiques. Dans le Kentucky, un autre stagiaire est mort lors d’un entraînement aquatique. À Denver, une recrue a dû être amputée des deux jambes après un combat d’entraînement qualifié par son avocat de « rituel barbare ».

Parmi les blessés figure Heather Sterling, ancienne garde-chasse devenue instructrice dans un autre État. Lors d’un exercice où quatre instructeurs attaquaient simultanément une recrue, elle a reçu plusieurs coups à la tête en moins de deux minutes. Diagnostiquée avec une commotion cérébrale, elle a finalement quitté l’académie et dénonce aujourd’hui publiquement ces méthodes. « Je crains qu’un jour quelqu’un n’y laisse la vie », affirme-t-elle, qualifiant ces exercices d’« agressions à peine déguisées ».

Alors que les académies de police continuent de jouir d’une large autonomie dans leurs programmes, ces révélations relancent le débat sur la nécessité de réformer en profondeur la formation des forces de l’ordre, afin de concilier préparation au danger et protection de l’intégrité physique et mentale des recrues.

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