La Colombie poursuivra ses opérations de bombardement contre les groupes armés illégaux, malgré la mort d’au moins douze enfants et adolescents lors de trois frappes récentes ciblant une faction dissidente des FARC. C’est ce qu’a affirmé mercredi le ministre de la Défense, Pedro Arnulfo Sanchez, dans un entretien à Reuters, défendant la stratégie militaire du gouvernement.
Ces frappes, menées dans les provinces d’Amazonas, de Guaviare et d’Arauca, ont provoqué une vive controverse. La médiatrice pour les droits humains, Iris Marin, a exhorté le président Gustavo Petro à suspendre les bombardements, tandis que ce dernier a présenté ses excuses aux mères de sept mineurs tués dans l’une des attaques.
Sanchez a toutefois assuré que l’armée n’avait pas ciblé d’enfants, rejetant la responsabilité sur les groupes armés qui enrôlent des mineurs pour protéger leurs camps et dissuader les opérations militaires. « Une cible légitime a été attaquée. Les moyens employés étaient parfaitement légaux », a-t-il insisté.
Cette escalade marque un tournant dans la politique sécuritaire de Petro, qui avait suspendu les bombardements lors de son arrivée au pouvoir en 2022 avant de les rétablir l’année dernière, à condition qu’ils ne causent pas de victimes mineures. Le président avait également lancé une offensive dans le sud-ouest du pays contre une faction dissidente des FARC, sans résultats probants.
Selon le Bureau du Médiateur, 625 enfants et adolescents ont été recrutés par les groupes armés en 2024, et 162 autres cas ont été enregistrés entre janvier et octobre de cette année. Les dissidents touchés par les bombardements, dirigés par le chef connu sous le nom d’Ivan Mordisco, ont menacé d’un « procès révolutionnaire » les responsables des frappes une procédure illégale pouvant aller jusqu’à la condamnation à mort.
Les bombardements ont longtemps été un outil central dans la lutte contre les guérillas en Colombie. Plusieurs chefs des FARC avaient été tués ainsi avant l’accord de paix de 2016, qui a conduit à la démobilisation de 13 000 combattants.
Sanchez a également confirmé que l’accord de 3,1 milliards d’euros avec le groupe suédois Saab pour l’achat de 17 avions de chasse Gripen E/F destinés à remplacer les vieux Kfir israéliens s’était déroulé de manière transparente, malgré les critiques de certains élus de l’opposition sur de possibles dépassements de coûts.
Enfin, le ministre a indiqué que la coopération militaire avec les États-Unis restait « très forte », notamment dans le domaine du renseignement lié à la lutte antidrogue. Cette collaboration a toutefois été récemment mise à l’épreuve par une polémique opposant Gustavo Petro au président américain Donald Trump après des frappes sur des navires soupçonnés de transporter de la drogue.