Au Soudan du Sud, une vague d’arrestations d’anciens responsables fragilise le pouvoir de Salva Kiir (AP)
Au Soudan du Sud, une vague d’arrestations d’anciens responsables fragilise le pouvoir de Salva Kiir (AP)

Le Soudan du Sud traverse une nouvelle période de tensions politiques après l’arrestation d’un ancien ministre des Finances, dernier épisode d’une série de détentions visant d’ex-hauts responsables. Des analystes estiment que ces mesures traduisent des fissures au sein du gouvernement du président Salva Kiir, déjà confronté à une rébellion armée.

Bak Barnaba Chol a été arrêté vendredi alors qu’il tentait de franchir la frontière vers l’Ouganda. Son interpellation fait suite à celle d’un autre ancien ministre des Finances et de la Planification, Marial Dongrin Ater, limogé en août. Au cours de la semaine écoulée, un ancien gouverneur de la banque centrale, un ancien sous-secrétaire du ministère du Pétrole et un général des services de renseignement ayant travaillé dans ce même ministère ont également été placés en détention.

Les motifs exacts de ces arrestations restent flous. Le porte-parole du gouvernement, Ateny Wek Ateny, a assuré aux médias locaux qu’elles n’étaient « pas politiques », mais constituaient une réponse directe à des « irrégularités identifiées dans le système monétaire ». Selon lui, un comité enquête sur des pratiques financières douteuses.

Dans la capitale Juba, le climat est décrit comme tendu. Edmund Yakani, figure de la société civile, affirme que de nombreux responsables politiques redoutent d’être arrêtés. « Jusqu’à présent, les arrestations ont surtout visé des institutions financières, mais si elles s’étendent aux secteurs sécuritaires, cela deviendra très dangereux », a-t-il averti.

Ces développements surviennent alors que l’économie sud-soudanaise, largement dépendante des exportations de pétrole, est fragilisée par la guerre au Soudan voisin. L’ensemble du pétrole sud-soudanais transite par des oléoducs situés au Soudan. Depuis le début du conflit en 2023, des ruptures d’oléoducs ont parfois mis hors service plus de 60 % de la production. La Banque mondiale estime que l’économie du pays s’est contractée de 24 % en 2025.

Le régime fait également face à une insurrection armée. Le chef de l’opposition, Riek Machar, est assigné à résidence et jugé pour subversion, des accusations qu’il rejette. Nombre de ses alliés ont été arrêtés ou écartés du gouvernement. Les Nations unies estiment que des milliers de personnes ont été tuées en 2025 et que 280 000 ont été déplacées depuis décembre. Une enquête onusienne accuse les dirigeants sud-soudanais de « démanteler systématiquement » l’accord de paix de 2018, tandis que Washington appelle à la reprise des pourparlers.

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