Des dizaines de réfugiés maliens ayant fui vers la Mauritanie ont décrit à l’Associated Press une vague d’abus attribués à l’Africa Corps, la nouvelle unité militaire russe déployée dans le pays après le départ du groupe Wagner. Leurs témoignages, parmi les plus détaillés recueillis à ce jour, font état de viols, de décapitations, d’enlèvements et de villages incendiés lors d’opérations menées conjointement avec l’armée malienne dans le nord du pays.
Selon ces civils, l’Africa Corps reproduit les méthodes brutales associées à Wagner, malgré l’espoir initial d’une diminution des violences après le remplacement officiel du groupe paramilitaire six mois plus tôt. Deux réfugiés ont montré des vidéos de villages brûlés par des « hommes blancs ». D’autres ont affirmé avoir retrouvé des proches mutilés, certains avec des organes manquants, un type d’abus déjà documenté du temps de Wagner. « Ils ne parlent à personne. Ils tirent sur tout ce qui bouge », résume un chef de village en fuite.
Face à la montée des violences extrémistes dans le Sahel, les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger se sont détournés de leurs alliés occidentaux pour se rapprocher de Moscou. Les autorités maliennes n’ont jamais reconnu officiellement la présence de Wagner ni de l’Africa Corps, mais des médias russes ont confirmé que l’unité opère dans le pays « à la demande des autorités maliennes ». Des analystes estiment qu’en raison de son intégration au ministère russe de la Défense, la Russie pourrait être directement tenue responsable des crimes commis.
Les récits des réfugiés décrivent une situation où les civils se retrouvent pris en étau entre les groupes extrémistes, tels que JNIM, et les forces maliennes appuyées par les Russes. Ceux qui refusent d’obéir aux ordres des jihadistes risquent des représailles, tandis que ceux qui fuient sont parfois accusés de complicité par l’armée. Une herboriste, Mougaloa, a raconté avoir vu son fils égorgé après un interrogatoire, tandis que sa fille aînée a été enlevée par des hommes masqués qui l’insultaient en russe. Elle n’a plus de nouvelles d’elle.
La fin de la mission de maintien de la paix de l’ONU en 2023 et la sortie du Mali de la Cour pénale internationale ont drastiquement réduit les moyens d’enquête et d’observation internationale. Les organisations humanitaires signalent que de vastes zones sont désormais inaccessibles, rendant impossible toute estimation précise des victimes. « Les gens ont trop peur de signaler les abus », souligne un analyste du projet ACLED, qui observe les violences dans la région.
Pour nombre de réfugiés, la différence entre Wagner et l’Africa Corps n’est qu’une façade. « Seul le nom a changé », confie Bocar, un habitant de Lere. « Les mêmes hommes, les mêmes méthodes, en pire. » Fatma, une autre réfugiée, raconte quant à elle la perte de son fils, de son frère et de sa fille malade, morts alors que son village était pillé. Elle refuse de décrire ce que les combattants lui ont infligé : « Cela reste entre Dieu et moi », dit-elle. Rongée par le traumatisme, elle confie : « Je suis vivante, mais je ne vis plus. »