Au Kenya, des veuves privées de leurs terres après la mort de leur mari tentent de faire valoir leurs droits
Au Kenya, des veuves privées de leurs terres après la mort de leur mari tentent de faire valoir leurs droits

Dans l’ouest du Kenya, des milliers de femmes se retrouvent menacées d’expulsion après le décès de leur mari, souvent par la famille de ce dernier qui conteste leur droit à l’héritage. Dans des zones rurales marquées par la pauvreté et un faible accès à l’information juridique, ces veuves découvrent parfois trop tard qu’elles risquent de perdre leur maison, leurs terres et leurs moyens de subsistance.

Dans plusieurs communautés, notamment chez les Luo, Luhya et Kisii, certaines pratiques coutumières persistent malgré leur incompatibilité avec la Constitution kényane. Parmi elles figurent le « nettoyage sexuel », qui impose à une veuve une relation sexuelle censée lever la malédiction du veuvage, ou encore « l’héritage de la veuve », qui la contraint à épouser un frère de son mari défunt. Les femmes qui refusent ces pratiques sont souvent marginalisées et dépossédées de leurs biens.

Selon des spécialistes, ces situations constituent une violation directe du droit constitutionnel à la propriété foncière. University of Nairobi souligne que l’ignorance des lois sur la succession favorise la spoliation des veuves, notamment lorsque celles-ci ne disposent ni de soutien juridique ni de ressources financières pour engager une procédure.

Face à cette réalité, certaines initiatives locales commencent à émerger. Dans le comté de Siaya County, une assemblée locale a adopté un projet de loi visant à protéger les veuves contre la dépossession forcée et les remariages imposés. Le texte prévoit des sanctions pénales et la mise en place de mécanismes d’assistance juridique pour permettre aux femmes de défendre leurs droits devant les tribunaux.

Dans le comté voisin de Kisii County, des organisations communautaires accompagnent également les femmes victimes de spoliation. L’Amandla MEK Foundation, fondée par la fille d’une veuve dépossédée, aide les femmes à accéder à des conseils juridiques et à des avocats bénévoles afin de récupérer ou conserver leurs terres.

Les défenseurs des droits des femmes estiment que la dépossession des veuves entretient un cycle de pauvreté qui affecte aussi des centaines de milliers d’enfants. Ils appellent à une meilleure diffusion de l’information sur les lois successorales, qui reconnaissent les veuves et leurs enfants comme héritiers légitimes, ainsi qu’à l’encouragement de la rédaction de testaments pour prévenir les conflits familiaux.

Malgré les obstacles, certaines femmes parviennent à résister. Des veuves instruites ou économiquement indépendantes affirment avoir conservé leurs terres en s’appuyant sur la loi et sur leur détermination. Pour les militants locaux, ces exemples montrent que la connaissance des droits et l’accès à la justice restent des leviers essentiels pour lutter contre des pratiques profondément enracinées.

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